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Pédagogie Explicite - Vidéos
Écrit par Françoise Appy   
Mardi, 11 Novembre 2014 00:00

The Case for Evidence Based Teaching

Arguments en faveur d'un enseignement basé sur les preuves

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Je me propose de résumer une courte vidéo extrêmement limpide sur l’enseignement basé sur les données probantes (ou preuves). Cela permettra je l’espère de lever quelques ambiguïtés pour celles et ceux que cette approche effraie. Elle est issue du site britannique The Evidence-Based Teacher’s Toolkit.

Pour commencer, voyons ce qu’elle n’est pas. L’enseignement basé sur les données probantes ne signifie pas que vous, enseignant, allez faire une expérimentation, ni que vous devrez recueillir des données pour pouvoir ensuite les utiliser dans votre enseignement.

En dehors du champ éducatif, la notion de preuve nous est familière, dans la police, dans l’ingénierie. Mais aussi en médecine, depuis une centaine d’années ; personne ne souhaiterait consommer des médicaments n’ayant pas été testés au préalable.

 

1. L’enseignement dispensé dans les classes aujourd’hui est-il basé sur les données probantes ?

Dans les classes conduites par des enseignants efficaces, beaucoup d’actions sont en accord avec les données probantes. Même si les enseignants n’en ont pas conscience. Le problème se présente quand on demande aux enseignants d’utiliser telle ou telle méthode. Beaucoup de décisions gouvernementales ne sont soutenues par aucune preuve ou très peu. Il serait bien plus efficace de former les enseignants à l’utilisation des données probantes dans leur enseignement.

 

2. Les neuromythes

Une étude de l’OCDE, intitulée Comprendre le cerveau : la naissance d’une science de l’apprentissage a identifié des neuromythes : ce sont des idées fausses relatives au fonctionnement du cerveau et non soutenues par des preuves. En voici quelques-unes :

Cerveau droit /cerveau gauche avec des dominantes gauche ou droite selon les individus. Bien sûr, le cerveau a deux hémisphères mais ils sont reliés entre eux par des milliers de connexions. Dans chaque tâche, nous utilisons diverses parties de notre cerveau dans les deux hémisphères.

Les styles d’apprentissage (ou styles cognitifs). Nous avons tous une dominante : nous sommes plutôt visuels, ou auditifs ou kinesthésique. Néanmoins, il a été montré qu’enseigner selon le style dominant n’améliore en rien les apprentissages. C’est donc une contre-vérité.

Nous n’utilisons que 10 % de notre cerveau. Cela est entièrement faux ; les preuves montrent pratiquement le contraire. Quand les gens maîtrisent une habileté,  ils utilisent moins leur cerveau.

La gymnastique du cerveau : certains exercices stimuleraient des parties du cerveau que les autres activités ne permettent pas. Les données montrent que cela n’a aucun effet.

Dans ce climat de flou et de contre-vérités, l’université de York a créé l’institut pour un enseignement efficace (Institute for Effective Education). L’objectif est que les enseignants et les décideurs puissent avoir un accès facilité à la recherche et une entière confiance dans sa fiabilité. Utiliser les données probantes devrait être aussi important dans l’enseignement que ça l’est en médecine. Derrière cette initiative, se trouve Estelle Morris (ministre de l’Éducation britannique, l’une des rares à ce poste à avoir été enseignante) ; elle souhaite transformer la relation entre les chercheurs, les enseignants et les décideurs afin que l’enseignement s’appuie sur des preuves et non plus sur des opinions, ou des modes.

 

3. National Center for Evidence in Education

Un institut nommé NICE (National Institute for Health and Clinical Excellence) assimile les données pour les rendre accessibles aux médecins. En effet, ceux-ci n’ont pas le temps d’étudier toutes les recherches publiées dans le monde. Il faudrait l’équivalent pour l’enseignement. Ce serait très utile d’avoir une publication facile d’accès, que les enseignants pourraient consulter pour connaître les données probantes, afin de pouvoir les appliquer directement en classe. Ils n’ont pas le temps d’aller chercher toutes les recherches publiées. L’Institut pour l’enseignement efficace explore cette idée d’un National Evidence Center, c’est un travail en cours actuellement.

 

4. Les données relatives aux expériences menées dans les classes.

- On peut tout d’abord voir comment s’y prennent les excellents enseignants.
- On peut mener des expériences en classe avec des groupes de contrôle.
- On étudie ce que nous disent les neurosciences.

Tout cela propose un certain nombre de données fiables.  Des milliers d’expériences sont menées à travers le monde mais la plupart sont cachées dans des publications universitaires. Une façon de rassembler toutes ces informations est de se pencher sur les méta-études qui combinent les résultats de nombreuses études. Comment fonctionne une méta-étude ? Imaginons 4 (mais ça pourrait aussi bien être 40 ou 400) techniques pédagogiques à étudier. L’équipe va d’abord étudier la structure de l’étude ; y avait-il un groupe de contrôle, y avait-il assez d’élèves, le temps de l’étude était-il suffisant ? Si la qualité de ces facteurs n’est pas bonne, l’étude en question sera éliminée de la méta-étude. Ne seront conservées que les études de bonne qualité. Pour les enseignants, cela signifie qu’ils auront beaucoup moins à lire et plus de preuves fiables.

Voici quelques chiffres pour se faire une idée. Prenons l’exemple de l’apprentissage coopératif : plus de 300 études, plus de 24000 participants ont été utilisés. Avec des études de cette ampleur nous pouvons avoir toute confiance dans la fiabilité des résultats.

Où trouver ces informations ? Des ouvrages tels que :
- Geoff Petty, Evidence Based Teaching,
- John Hattie, Visible Learning,
- Robert Marzano, Classroom Instruction that Works
et bien d’autres.

Celui-ci suggère 10 éléments fiables pour utiliser les données probantes en classe. Chacune de ces méthodes a un impact effectif sur les résultats.

 

5. Que disent les preuves tirées des neurosciences ?

Ce sont des connaissances nouvelles qui datent des années 90, époque où l’on a inventé de nouveaux procédés pour explorer le cerveau. Avec ces machines nouvelles on peut voir quelles zones du cerveau sont actives, ce que l’on ne pouvait pas voir auparavant. À l’heure actuelle, les résultats sont plus accessibles aux enseignants grâce à des publications telles que :
- David Sousa, How the Brain Learns,
-
Sarah-Jayne Blakemore & Utah Frith,  The Learning Brain - Lessons for Education,
- Patricia Wolfe, Brain Matters,
-
John Geake, The Brain at School …

Que nous enseignent les neurosciences ? Le cerveau comprend des zones spécialisées, il n’y a pas une zone de l’intelligence. Si nous améliorons les habiletés du cerveau nous améliorons l’intelligence.

La mémoire se forme quand des cellules sont liées entre elles ; par conséquent on ne peut pas apprendre quelque chose sans la relier à une autre que nous connaissons déjà(sauf dans l’apprentissage par cœur), les liens sont importants pour que la compréhension s’opère.

Les conclusions des neurosciences vont-elles dans le même sens que les données observées en classe ? Prenons un exemple dans les 10 éléments cités par R. Marzano : en n° 5 apparaissent les méthodes graphiques. Les expériences en classe montrent que cela est très efficace. Si l’on questionne les neurosciences sur le sujet, elles répondent que le cerveau possède un très grand cortex visuel, spécialisé dans le traitement des images. Si nous l’utilisons, cela permet d’améliorer les apprentissages.

Par conséquent, nous sommes en présence de deux types de preuves (expérimentales et neuroscientifiques) dans lesquelles nous pouvons avoir une totale confiance.

 

6. Comment utiliser ces données en classe ?

L’avantage dans les données probantes, c’est que l’enseignant garde le contrôle. C’est l’accès aux preuves qui donne aux médecins leur pouvoir. C’est la base du professionnalisme. Ce n’est pas une série d’injonctions.  Comment faire ? Pour les enseignants, il n’est pas nécessaire d’attendre la permission de qui que ce soit, chacun peut utiliser ces méthodes immédiatement. Ils peuvent aussi demander des formations dans leurs écoles ou collèges. Et surtout, ils peuvent mettre en doute des injonctions qui ne sont pas soutenues par les preuves. Bien sûr, l’idéal serait d’être soutenu par le ministère. Comment ? Les politiques éducatives devraient proposer exclusivement des méthodes ayant été testées. Pour cela, il serait utile de mettre en place un Centre National des données probantes auquel nous pourrions faire appel pour des conseils. Cela signifierait que les enseignants seraient désormais traités comme des professionnels. Il faudrait également créer une qualification basée sur les données et créer des experts en la matière. La formation devrait occuper une place importante. De la même manière que nous n’utilisons pas des médicaments n’ayant pas été testés, nous ne devrions pas utiliser de méthodes pédagogiques n’ayant pas été testées.

 
 
Une réalisation LSG Conseil.