A Nation at Risk (1983) Imprimer Envoyer
La recherche - Les réformes éducatives
Écrit par Bernard Appy   
Dimanche, 09 Janvier 2011 16:57

A Nation at Risk: The Imperative For Educational Reform

(1983)

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Il s’agit d’un rapport rendu en avril 1983 au président Ronald Reagan par la Commission nationale sur l’excellence en éducation. Sa publication a été un événement marquant qui a révélé la faillite du système éducatif américain, incapable de répondre aux besoins nationaux de main-d’œuvre compétitive.

La Commission devait évaluer la qualité de l’enseignement et comparer les écoles américaines avec celles des autres pays industrialisés. Pour cela, elle a passé en revue différentes études qui, au final, ont révélé des résultats scolaires insuffisants à l'échelle nationale et internationale. Le rapport contient des formules particulièrement percutantes :

« Les fondements pédagogiques de notre société sont actuellement érodés par une marée montante de médiocrité qui menace notre avenir comme nation et comme peuple. »

« Si une puissance étrangère hostile avait tenté d'imposer à l'Amérique les performances éducatives médiocres qui existent aujourd'hui, nous aurions pu considérer cela comme un acte de guerre. »

« Chaque génération d'Américains a dépassé ses parents dans l'éducation, l'instruction et la réussite économique. Pour la première fois dans l'histoire de notre pays, les qualifications éducatives d'une génération ne dépasseront pas, n'égaleront pas, ne s'approcheront même pas de celles de leurs parents »

D'après A Nation at Risk, 13 % des enfants de 17 ans sont illettrés, ce dernier chiffre pouvant aller à 40 % chez les minorités ethniques. Le College Board's Scholastic Aptitude Tests (SAT) indiquerait un déclin pratiquement ininterrompu entre 1963 et 1980. Les élèves de 17 ans seraient 40 % à ne pas être capable de tirer des inférences en lecture, seulement 1/5 pourraient écrire un essai argumenté et 1/3 résoudre un problème de mathématiques nécessitant plusieurs étapes.

Les milieux des affaires et l'armée doivent dépenser des millions de dollars en éducation et programmes de formation de rattrapage dans des qualifications de base comme la lecture, l'écriture, l'élocution et le calcul. Par ailleurs, la demande de techniciens de niveau élevé dans de nouveaux domaines est très forte, notamment dans les technologies propres aux différents corps de métier. Il s'agit de combler le fossé entre une petite élite scientifique et technologique et des générations d'Américains scientifiquement et technologiquement illettrés. Il ne faut pas généraliser la médiocrité d'une part et un élitisme antidémocratique de l'autre, mais développer les talents de tous et à leur niveau maximum.

Pour faire face à cette situation calamiteuse, la Commission a formulé 38 recommandations afin de réveiller la nation américaine dans ses rapports aux savoirs scolaires face à la concurrence internationale. Selon le rapport, il convient de redonner une chance à tous les élèves, quelles que soient leurs origines socio-économiques. La qualité de l’enseignement doit s’améliorer à tous les niveaux pour favoriser le progrès de la société américaine. Et même si cela représente un coût financier. Le monde est considéré comme un village global où la concurrence internationale des marchés, des idées, des connaissances, des études, de l'information, détermine la place de chaque pays. L’éducation représente un investissement indispensable pour réussir dans ce village planétaire. Parallèlement, il faut éviter que des individus soient exclus de la vie publique par la non-acquisition de niveaux de compétence, d'instruction et de formation de base. Un niveau élevé d'éducation partagé est essentiel pour stimuler une culture commune garante de la démocratie. L'éducation est importante pour la vie professionnelle, mais aussi en raison de la valeur ajoutée à la qualité générale de la vie personnelle et sociale. L'apprentissage de base est essentiel pour apprendre tout au long de la vie.

 

Suite à l'édition du rapport A Nation at Risk, le débat et le mouvement de réforme qui a suivi au cours des années 1980 a eu un impact décisif sur la perception de l'utilité des données relatives au financement, à l'organisation, aux effectifs et aux résultats de l'enseignement. Le rapport a sensibilisé les Américains sur les problèmes de l'enseignement et a largement contribué à mettre en place un mouvement en faveur d'un contrôle plus étroit du système éducatif, de ses établissements et de son personnel.

À la fin des années 1980 et au début des années 1990, la publication des résultats tirés d'enquêtes internationales à grande échelle menées par l'Association internationale pour l'évaluation du rendement scolaire (IEA) et l'International Assessment of Educational Progress (IAEP) sur les résultats des élèves dans des disciplines, telles que les mathématiques et les sciences, ont attiré l'attention du public et des décideurs sur les résultats de l'enseignement.

L'évaluation des performances des élèves et des établissements, le suivi du fonctionnement des systèmes éducatifs, l'orientation des politiques d'enseignement et l'amélioration de la gestion des ressources deviennent des questions à traiter au niveau politique.

Les résultats des élèves sont un critère essentiel pour juger de la qualité et de l'efficacité du système d'enseignement. L’éducation doit être basée sur les résultats, les performances, l’excellence, les standards de contenu (ce qu’un individu doit être capable de réaliser ou d’accomplir) et les standards de performance ou benchmarks (repères de niveau qui permettent d’expliciter un standard de contenu au regard d’un niveau de formation). C’est dans ce contexte que l’approche par compétences a fait un grand retour.

Le but essentiel de l’éducation est le maintien du rang du pays face à la concurrence mondiale. Pour cela, il y a obligation de résultat, donc obligation de rendre des comptes : à l’État et au contribuable pour l’argent dépensé, aux usagers pour la qualité des services qui leur sont proposés, etc.

La formation d'une main-d’œuvre de qualité constitue un atout dans la compétition internationale. Le rapport A Nation at Risk prône en ce domaine un retour au réalisme. Il faut revenir aux fondamentaux (back to basis). Dans un contexte de concurrence internationale où la régulation repose sur le benchmarking, ces fondamentaux doivent être exprimés en termes de compétences et non en termes de savoirs toujours liés à des programmes nationaux. L’État garantit donc à tous un socle commun de compétences acquises à la fin de la scolarité obligatoire. Ensuite, il appartient à chaque individu de construire son parcours de formation tout au long de la vie.

 

Ce modèle a peu à peu servi de référence à l’ensemble du monde car le contexte de concurrence a partout les mêmes effets. La Conférence de Lisbonne (2000) a fixé pour objectif que l’Union européenne occupe en 2010 la première place dans l’économie de la connaissance. Pour l’atteindre, il est nécessaire que les États membres rendent compte de leurs performances en matière de formation. Ils doivent définir des standards de comparaison qui seront ensuite utilisés pour mettre en place des dispositifs d’évaluation nationaux et une régulation par benchmarking. Les États qui ont les résultats les plus faibles sont invités à s’inspirer des “bonnes pratiques” de ceux qui réussissent.

 

Aux États-Unis, une des conséquences directes du rapport A Nation at risk est la loi No Child Left Behind (2002). C’est une réforme impulsée par les Républicains et notamment G.W. Bush. Il s’agit de reconnaître l’importance du système éducatif pour la sécurité nationale et la démocratie, suite aux événements du 11 septembre. L'objectif principal est d'améliorer l'enseignement élémentaire et secondaire aux États-Unis sans « laisser un élève à la traîne ». Il incite à un changement des représentations sur l'éducation, ses valeurs et ses prétentions, notamment celles qui considèrent que les enfants des minorités ou des classes défavorisées ne peuvent pas apprendre à l'école.

Il s'inscrit comme une volonté d'améliorer l'enseignement de base et l'accès aux études supérieures, tout en donnant davantage de marges de manœuvre pour les écoles, les enseignants et les parents. Par exemple, il propose d'aider les écoles dont les résultats sont médiocres à prendre des mesures comme le tutorat, les cours après la classe, et de donner aux parents des informations qui se veulent claires et objectives.

Plus précisément, il s'agit de :
- Créer une culture de la réussite : pour améliorer le système éducatif, l'idée est de modifier la culture éducative en responsabilisant les établissements et les enseignants sur la base des résultats, tout en leur donnant plus de flexibilité et de liberté, en informant et en favorisant les actions des parents, en encourageant l'utilisation des pratiques d'enseignement basées sur la recherche scientifique.
- Améliorer la réussite des élèves : suite à une baisse de niveau constaté auprès des élèves, il convient de leur assurer un niveau plus élevé en lecture, améliorer les résultats en mathématiques et en sciences, dispenser une formation de qualité aux enseignants, en stimulant une collaboration entre écoles, universités et centres de recherche.
- Développer des écoles sécurisées et l'esprit civique : il s'agit de donner un cadre sécurisant pour les élèves dans les écoles, sans drogues, tabac et alcool ; de favoriser la morale, l'éducation civique, la citoyenneté, en formant aussi bien « les cœurs que les esprits ».
- Changer les représentations sur l'éducation : améliorer la recherche en la rendant accessible par des synthèses et des informations objectives aux différents publics (décisionnaires, enseignants, parents, etc.).
- Améliorer la qualité et l'accès de l'enseignement post-secondaire et la formation des adultes.
- Mettre en place une gestion de l'excellence : en utilisant les NTIC, en modernisant les programmes de bourses, en liant leur attribution aux résultats, en favorisant les contributions des organismes privés.

 

Le souci d'efficacité dans l'enseignement mis en avant dans le rapport A Nation at Risk a inauguré une nouvelle approche de la question éducative, approche dont la Pédagogie Explicite pourrait bénéficier. Rappelons que c'est également dans les années 80 que Barak Rosenshine, travaillant sur les pratiques efficaces, a décrit le modèle de l'enseignement explicite. Un mois avant le rapport A Nation at Risk, il publiait Teaching Functions in Instructional Programs...

 

Sources :
- Wikipedia : http://en.wikipedia.org/wiki/A_Nation_at_Risk
- VST – INRP : http://www.inrp.fr/vst/Dossiers/Standards/EU_GB/etats_unis3.htm
- L’école démocratique : http://www.skolo.org/spip.php?article1099
- Jean-Louis Derouet : http://www.erudit.org/revue/socsoc/2008/v40/n1/019472ar.pdf

 
 
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