Est-ce que la Pédagogie Explicite repose sur une conception mécaniste des apprentissages ? Imprimer Envoyer
Le débat - Questions / Réponses
Écrit par Françoise Appy   
Lundi, 13 Décembre 2010 00:00

Est-ce que la Pédagogie Explicite repose sur une conception mécaniste des apprentissages ?

 

Mécanique

 

Qu’est-ce qu’une conception mécaniste des apprentissages ? Ceux qui répètent ce reproche se gardent bien de l’expliciter et d’en démontrer clairement l’origine. Mais tout le monde aura compris que c’est une chose très mauvaise.

Il est à mettre en rapport avec l’idée honnie de transmission des savoirs, d’acquisition et de compréhension de ceux-ci à l’aide d’un enseignement structuré et explicite, afin que ces connaissances soient retenues puis réinvesties. Mécaniste au sens commun, signifie que l’on considère l’élève comme une machine, dénuée de pensée, donc dénuée d’humanité.

Mais ce reproche va plus loin : il repose philosophiquement sur l’opposition des deux conceptions opposées de l’enseignement : constructivisme et instructionnisme. Il prend prétexte de la mémorisation des savoirs supposée tuer la joie de l’apprentissage, l’intérêt pour la matière et même la compréhension du sujet pour réaffirmer sa conception d’un enseignement naturaliste. Les constructivistes utilisent un discours à forte charge émotionnelle. Les méthodes de construction des savoirs sont naturelles et permettent à l’enfant de croître selon un rythme développemental qui lui est propre. C’est pourquoi ils refusent que l’enseignant soit un transmetteur, quelqu’un qui apporterait un savoir extérieur, l’enseignant est le jardinier qui observe la croissance des plantes. Les disciplines doivent rester dans leur ordre naturel, c’est pourquoi ils sont hostiles à toutes les abstractions, les dissections, les explications faites par quelqu’un qui sait. L’expérience seule compte ; le faire est nettement supérieur au dire. Imposer des normes qui par essence sont artificielles est considéré comme mauvais pour l’enfant dont le développement ne peut se faire autrement que selon les lois naturelles. L’enseignement doit donc être centré sur l’enfant, s’adapter à lui, et non le contraire.

On  comprend mieux la portée du reproche et surtout l’incompatibilité qu’il y a entre ces deux conceptions éducatives : l’idée dite mécaniste et l’idée naturaliste. Les constructivistes, qui ont pignon sur rue depuis plusieurs dizaines d’années, ont cette incroyable capacité à ne pas tenir compte de la réalité. Car après tout on est en droit de se demander pourquoi, après tant d’années de pédagogie centrée sur l’enfant, les résultats sont aussi faibles. Plus qu’une conviction, le constructivisme est une croyance et n’a pas fini apparemment d’asséner ses vérités ; le propre d’une croyance étant que les vérités n’ont pas à être démontrées.

Ceci dit, la pédagogie explicite qui est ouvertement instructionniste, est à des lieues de considérer les élèves comme des machines et n’a pas pour ambition de les gaver de connaissances non maîtrisées comme on gave les oies. Elle leur donne, leur fait comprendre et mémoriser les connaissances à partir desquelles ils pourront acquérir des compétences de raisonnement et d’argumentation. Par exemple, le développement de la pensée critique, cher aux constructivistes, ne peut s’apprendre à partir de rien ; c’est une compétence spécifique ayant besoin d’un arrière-plan culturel.  Les multiples enquêtes ont montré que dans ce domaine-là aussi l’enseignement explicite était plus performant que les pratiques centrées sur l’élève [1]. Les connaissances transmises sont dites habilitantes car c’est grâce à elles que l’enfant pourra acquérir la capacité de raisonner, d’argumenter, d’être vraiment capable de pensée critique personnelle, ce qu’il n’est pas quand on se contente de le formater à une certaine forme de pensée sans lui donner le contenu indispensable. Entre ces deux conceptions, celle qui est la plus mécaniste n’est peut-être pas celle que l’on croit…

 


[1] . Projet Follow Through : 1967-1995 : C’est une étude longitudinale réalisée aux États-Unis, pour évaluer l’efficacité de diverses approches pédagogiques auprès d’élèves venant de quartiers défavorisés, de la maternelle à la troisième année. Cette recherche a impliqué chaque année environ 10 000 élèves de 120 communautés entre 1968 et 1976 et 9 approches ont été étudiées. Par la suite le programme a continué jusqu’en 1995 sous la forme de services (Watkins, 1997). La performance scolaire des élèves a été évaluée sur les apprentissages de base (la lecture, l’écriture et le calcul), les habiletés intellectuelles, notamment la résolution de problème et enfin, les dimensions plus affectives c’est-à-dire l’image et l’estime de soi. Les résultats montrent la supériorité de l’enseignement explicite dans les trois domaines.

 
 
Une réalisation LSG Conseil.