Considérations autour de l'instructionnisme Imprimer Envoyer
Le débat - Questions / Réponses
Écrit par Bernard Appy   
Lundi, 07 Mars 2011 00:00

Considérations autour de l'instructionnisme

 

Enseignant


« Qu’est-ce que l’instructionnisme ? »

C’est Seymour Papert qui, dans les années 1980, a inventé le mot “instructionnisme” par opposition au constructivisme (dont il était d’ailleurs partisan). Pour un instructionniste, la priorité est la transmission des connaissances et des habiletés, de celui qui sait vers celui qui ne sait pas.

 

« Quelle est la première question qu’il faut se poser ? »

Les enseignements et les apprentissages doivent s’inscrire dans une philosophie de l'éducation cohérente.
La première question qu’il faut se poser est donc celle du rôle fondamental qu’on attribue à l’École. Cette question est capitale, car elle va permettre de choisir sa philosophie éducative.
Si on pense que l’École doit transmettre des connaissances et des habiletés, on opte pour l’instructionnisme. Et si on veut une pratique qui a fait ses preuves, qui est à la fois moderne et efficace, on rallie le courant de l’enseignement explicite.
Picorer quelques recettes de-ci de-là pour faire une leçon explicite au milieu d’une pratique qui reste constructiviste ou traditionnelle ne relève pas d’une attitude professionnelle de la part de l’enseignant.

 

« Peut-on dire qu’il y a autant de pédagogies que d’enseignants ? »

Voilà une idée malheureusement très commune dans le monde enseignant. Les uns s’appuient sur leur connaissance disciplinaire, d’autres sur leur talent, d’autres encore sur leur bon sens, d’autres sur leur expérience, d’autres enfin sur leur culture. Et chacun estime avec satisfaction que c’est largement suffisant pour se définir comme un professionnel.
Dire qu’il existe autant de façons d’enseigner que d’enseignants, c'est tout simplement reconnaître que l’enseignement n’est pas un métier. En effet, transposons cette affirmation à d’autres professions : existe-t-il autant de diagnostics que de médecins, autant de méthodes pour changer un robinet que de plombiers, autant de manières de faire le pain que de boulangers, autant de façons de rendre la justice que de magistrats, autant de techniques pour démonter un moteur que de mécaniciens ? Transposée à tout autre métier, cette réflexion devient immédiatement absurde.
En fait, la seule distinction qui puisse se faire, c’est entre les professionnels experts et les professionnels novices, entre ceux qui maîtrisent leur métier et ceux qui commettent des erreurs. De ce point de vue, l’enseignement ne fait pas exception à la règle.
L’enseignant professionnel mobilise plusieurs savoirs en faisant son métier. Celui qui nous paraît le plus important, c'est le savoir de l’action pédagogique. Il s’agit du savoir d’expérience passé au crible de la validation scientifique. Chaque enseignant, enfermé dans sa classe, se construit une façon d’enseigner, faite d’une multitude de « trucs » qui marchent ou qui lui semblent efficaces. Étant donné que ces façons de faire restent dans une large mesure dans le domaine privé, elles ne font l’objet d’aucune réelle validation systématique comme dans les autres professions. Cette expertise construite sur l’expérience professionnelle se perd quand l’enseignant cesse d’exercer son métier. Mais, depuis les années 1980, de nombreuses recherches enquêtent sur les savoirs, les savoir-faire et les attitudes des enseignants qui favorisent l’apprentissage chez les élèves. Les résultats de ces recherches ont déterminé les pratiques les plus efficaces sous le terme d’enseignement explicite. Ces pratiques sont décrites et rendues publiques afin d’améliorer grandement la façon d’enseigner. Cette professionnalisation qui explicite le savoir de l'action pédagogique favorise l'entrée dans le métier des enseignants débutants.
Être un professionnel de l’enseignement, ce n’est pas réinventer chaque matin une nouvelle façon d’enseigner en fonction de l’humeur du jour, c’est s’appuyer sur l’ensemble des savoirs qui caractérisent ce métier afin de délivrer un enseignement efficace menant les élèves sûrement et rapidement sur la voie de la réussite scolaire.

 

« Un enseignant explicite peut-il s’inspirer d’autres pratiques pédagogiques ? »

La Pédagogie Explicite est une nouvelle pratique, à la fois instructionniste (transmettre des connaissances et des habiletés), moderne (adaptées à notre époque et aux nouvelles technologies), et efficace (seuls comptent les résultats obtenus par les élèves). C’est une démarche pédagogique neuve dont la légitimité repose sur les données probantes qui montrent son efficacité. Et ce, sans la moindre ambiguïté.
Par conséquent, un enseignant explicite évite de mettre en œuvre des démarches où l’élève construit seul son savoir avec une pédagogie par découverte, car celle-ci est réputée pour son inefficacité. Il évite également de revenir aux pratiques anciennes, notamment par l’utilisation de vieux manuels retapés mis sur le marché par de petits éditeurs traditionalistes.
Ce qui caractérise un enseignant explicite, c'est qu'il n'est pas dans le flou. Il a une grande conscience de ce qu'il fait et peut parfaitement le justifier de manière théorique.

 

« Qu’est-ce qui est plus important pour un enseignement efficace : les programmes ou les méthodes ? »

La pratique pédagogique est essentielle.
Il est maintenant notoire que les pratiques pédagogiques constructivistes qui ont été généralisées dans les écoles ont provoqué une perte d’efficacité telle que les programmes ont été revus à la baisse de manière continue depuis la fin des années 1970.
Croire qu’il suffirait d’édicter des programmes ambitieux pour remettre l’École au travail est une erreur qui confond la cause et les conséquences. C’est le Titanic qui a coulé, pas l’iceberg…
Et quand bien même, imaginons que soient imposés des programmes difficiles à des instituteurs qui n’ont que des pratiques de classes inefficientes. Que pensez-vous qu’il se produirait ? Les programmes ne seraient pas appliqués et la situation se dégraderait davantage.
A l’inverse, imaginez de mauvais programmes avec des instituteurs chevronnés ayant une pratique efficace. Non seulement ces programmes seraient étudiés, mais les élèves iraient bien au-delà. C’est d’ailleurs ce qui se passe depuis toujours dans bon nombre de classes.
Pour autant, est-ce que les programmes n’auraient pas d’importance ? Certainement pas. Nous savons la nécessité cruciale de l’alignement curriculaire : assurer une correspondance élevée entre le programme prescrit, la pratique pédagogique mise en œuvre et l’évaluation terminale des apprentissages. La Pédagogie Explicite permet donc l’adoption de programmes exigeants qu’il faut définir avec beaucoup de précision pour chacun des niveaux d’enseignement. Et le résultat de l’enseignement dispensé se mesure au moment de l’évaluation finale, pour savoir exactement ce qui a été appris et surtout retenu.

 

« Qu’est-ce que le pédagogisme ? »

Il s’agit de l’application dans le domaine pédagogique du constructivisme de Piaget et du socioconstructivisme de Vygotsky. Le pédagogisme a triomphé en France avec la loi Jospin de 1989. Il repose sur des dogmes : l’élève doit être actif dans ses apprentissages, on ne peut pas lui transmettre des connaissances puisqu’il est le constructeur de ses propres savoirs, il faut mettre l’élève devant des obstacles pour l’amener à s’interroger sur ses représentations personnelles, les élèves apprennent mieux dans l’interaction sociale et il faut faire davantage de place au travail d’équipe et aux projets communs. Le pivot en est la fameuse « centration sur l’apprenant ». Comme l’a écrit Fanny Capel, « le pédagogisme se caractérise d'abord par une méfiance extrême à l'égard de l'acte d'enseigner ».
C’est donc tout l’inverse de ce que nous préconisons. Nous nous situons clairement dans le courant instructionniste, en transmettant les connaissances et les habiletés grâce aux pratiques efficaces de l’enseignement explicite.

 
 
Une réalisation LSG Conseil.