La pédagogie structurée Imprimer Envoyer
Pédagogie Explicite - L'Explicite en bref
Écrit par Martial Dembélé   
Mardi, 07 Mars 2006 00:00

Martial Dembélé

La pédagogie structurée

in Le défi de l'apprentissage : améliorer la qualité de l'éducation de base en Afrique subsaharienne, L'Harmattan, 2006

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Les tenants de la pédagogie directe, caractérisée par des structures préétablies et une certaine directivité et sous-tendue par le principe du mastery learning, se situent à mi-chemin entre les partisans de l’enseignement « classique » et ceux de la pédagogie ouverte (Brophy, 1999 ; Doyle, 1987 ; Good et Grouws, 1977 ; Hopkins, 2002 ; Rosenshine, 1997a, 1997c, 1986a et 1986b ; Rosenshine et al., 1986 ; Scheerens, 2000 ; Walberg et Paik, 2000). Selon Walberg et Paik (2000, p. 12), ce type d’enseignement repose sur plusieurs caractéristiques centrales : 1) contrôle quotidien, vérification des devoirs de maison et, si nécessaire, reprise des leçons ; 2) présentation progressive des nouveaux contenus et des nouvelles compétences ; 3) exercices pratiques dirigés et soigneusement supervisés par l’enseignant ; 4) commentaires correctifs et renforcement pédagogique ; 5) exercices pratiques individuels en classe ou à la maison avec un taux de succès très élevé (supérieur à 90 %) ; et 6) examens hebdomadaires et mensuels. Dans son examen, réalisé en 1983, des comportements des enseignants les plus fortement associés à l’efficacité de l’apprentissage au niveau des élèves, Brophy (dans Hopkins, 2001, p. 83) parvient également à la conclusion que les élèves apprennent davantage lorsque les conditions suivantes sont réunies :

  • couverture du programme : les enseignants couvrent davantage de contenus ;
  • temps consacré à l’enseignement : les enseignants consacrent la totalité du temps disponible à des activités didactiques ;
  • temps d’occupation : les élèves sont occupés pendant la quasi-totalité d’un cours ;
  • constance de la réussite : le taux de réussite (réponses aux questions, réponses aux travaux pratiques écrits en classe) est élevé ;
  • pédagogie active : les enseignants passent la majeure partie de leur temps à enseigner plutôt que de laisser les élèves travailler seuls, sans contrôle direct ;
  • informations structurées : les enseignants structurent les informations à l’aide de différentes techniques (mettre en évidence la structure de la leçon, passer en revue les objectifs, présenter sommairement les contenus, indiquer les articulations entre les différentes parties de la leçon ou attirer l’attention sur ou passer en revue les idées maîtresses). Une présentation claire et enthousiaste des différents supports contribue à l’obtention de bons résultats ;
  • questionnement efficace : l’enseignant pose souvent des questions qui restent relativement simples. Le fait d’attendre que la réponse vienne, de reconnaître les réponses correctes, de travailler avec les élèves qui donnent des réponses partielles ou incorrectes pour qu’ils puissent améliorer leurs réponses est également associé à de meilleurs résultats.

Plus récemment, Boyer (2001) a conçu une version de la pédagogie directe à orientation cognitive. Il la qualifie d’enseignement explicite, dont les caractéristiques essentielles sont les structurants antérieurs, la modélisation, les travaux dirigés et les exercices individuels. D’après cet auteur (dans Gauthier et al., 2003, p. 45), « l’enseignement explicite consiste à rendre visibles aux élèves les procédures cognitives sous-jacentes à l’exercice d’une habileté ou à l’accomplissement d’une tâche ». Ainsi pour la lecture, l’enseignement explicite propose « des activités et des procédures concrètes pour favoriser les développement d’habiletés telles que la sélection d’informations, l’analyse de questions, la formulation d’hypothèses à la suite d’une rupture de compréhension, l’élaboration de liens entre des informations, l’inférence et l’auto-questionnement ».

Gauthier et al. (2004) fournissent de nombreuses données que la pédagogie structurée, telle que nous venons de la résumer, est bien plus efficace qu’une pédagogie ouverte. Ces données montrent notamment qu’il faut avant tout insister sur un apprentissage qui aide les enfants à développer leurs aptitudes cognitives et affectives – et cela, particulièrement avec les enfants issus de milieux défavorisés. « Lorsque l’on tente de faire l’inverse, c’est-à-dire d’entrer par la porte de l’affectif ou du cognitif (de type découverte), comme le préconisent les tenants des approches pédagogiques centrées sur l’enfant, les élèves provenant de milieux défavorisés sont ceux dont la réussite scolaire se révèle la plus compromise » (p. 40).

Gauthier et al. (ibid., p. 82) recommandent aussi de traiter en priorité la question de la maîtrise de la lecture, qui détermine largement la réussite et la survie scolaire. Ils concluent ainsi :

Entre les faiblesses avérées de l’enseignement classique et le coût rédhibitoire des méthodes de découverte, qui exige par ailleurs un fort investissement personnel de l’enseignant, nous estimons que la pédagogie explicite et la pédagogie directe sont un juste milieu. Leur efficacité et leur efficience ont été établies. Elles ne s’éloignent pas trop de ce que les enseignants savent déjà faire mais elles les amènent à améliorer leurs pratiques ; elles ne font pas appel à des outils sophistiqués et peuvent s’appliquer à des classes surchargées. […] Sur le plan des approches pédagogiques, nous pensons que plus l’écart est grand entre ce que les enseignants savent faire et ce qu’on voudrait leur faire apprendre, plus les risques d’échec sont élevés. Les différents types de pédagogie par découverte sont intéressants mais difficiles à maîtriser. De plus, on l’a vu, leur efficacité réelle est remise en question. C’est pourquoi nous pensons qu’il est plus raisonnable d’opter pour des modèles d’enseignement plus simples mais dont l’efficacité a été largement démontrée.

À l’inverse de la pédagogie active axée sur l’élève, les pays d’Afrique subsaharienne n’ont pas d’expérience concrète de la pédagogie structurée ou de la pédagogie explicite. Si l’on en juge par les recommandations de Gauthier et al., il serait donc intéressant d’expérimenter ce type de pédagogie.

 
 
Une réalisation LSG Conseil.