L'échec, étape normale de l'apprentissage scolaire Imprimer Envoyer
La recherche - L'esprit dynamique
Écrit par Form@PEx   
Dimanche, 29 Avril 2012 16:48

Source : Le Figaro, 19/03/2012

Dr Damien Mascret

L'échec, étape normale de l'apprentissage scolaire

Les enfants sont plus performants quand ils ne craignent pas d'échouer

 

Performance

 

Une mauvaise note à l'école, et c'est la catastrophe. Dans une société qui fait souvent de la réussite scolaire le préalable de l'intégration sociale, le moindre revers est aussitôt vécu intensément par les parents. Or, une étude publiée par deux chercheurs français dans le Journal of Experimental Psychology vient de montrer que ce n'est pas tant l'échec que ce qu'on en dit qui a de l'importance. Selon les psychologues Jean-Claude Croizet et Frédérique Autin (CNRS, université de Poitiers), il est même préférable de banaliser l'échec pour permettre à des élèves de mieux exprimer leur potentiel.

« L'échec est une étape normale de l'apprentissage, explique Frédérique Autin. Apprendre prend du temps et nécessite d'avoir des difficultés. » Un discours aux antipodes du fantasme de la progression constante des élè­ves. « Quand des parents me disent que leur enfant a des difficultés à l'école, je commence par leur rappeler qu'il est au bon endroit pour en avoir », s'amuse le Pr Croizet, qui invite à dé­dramatiser la difficulté : « Quand un enfant apprend à faire du vélo, toutes les conditions d'apprentissage sont réunies : on est très tolérant, on sait qu'il y a une très grande variabilité en­tre les enfants, on ne s'inquiète pas des échecs et comme les enfants appren­nent seuls on n'est pas tenté de les comparer aux autres. »

Pour vérifier leur hypothèse, les deux chercheurs ont soumis 111 enfants de sixième à des exercices qui étaient en fait trop difficiles pour eux. Ils ont ensuite discuté avec eux de leur res­senti avant de leur faire passer de nouvelles épreuves, celles-ci réalisa­bles. Le plus étonnant est que les en­fants à qui l'on avait expliqué qu'il était tout à fait normal d'échouer aux premiers exercices, puisqu'ils n'avaient pas encore appris com­ment résoudre les problèmes, obtenaient ensuite de meilleurs résultats à d'autres épreuves. Surprenant? Pas pour des chercheurs en psychologie sociale. « En permettant à l'enfant d'échouer, on lui évite de se sentir mal face à l'échec. Rencontrer une difficul­té n'est plus vécu comme un signe d'incompétence », explique Frédérique Autin. Du coup, l'ensemble de ses ressources se concentre sur la tâ­che à accomplir.

Car un enfant n'aime pas être confronté à l'échec. Il met aussitôt en doute son intelligence s'il pense qu'une note la reflète. Il risque alors de développer des stratégies pour éviter de se trouver à nouveau confronté à un sentiment d'infériori­té intellectuelle. Il peut, par exemple, se mettre volontairement « en situa­tion d'auto-handicap », en créant des conditions qui lui permettront d'at­tribuer son échec à des facteurs qui ne remettent pas en cause son estime de soi (ne pas réviser, s'y mettre trop tard...). L'enfant peut aussi se désen­gager et remettre en cause les normes de réussite en vigueur et le système scolaire tout entier.

Évidemment, dans un système en­tièrement fondé sur la valorisation de la réussite, il n'est pas évident de redonner sa juste place à l'échec, c'est-à-dire celle d'une étape nor­male et inévitable de l'apprentissage. D'ailleurs, n'est-il pas légitime, si­non indispensable, d'évaluer la per­formance des élèves ?

« Penser que la compétition est mo­tivante est une aberration au regard des travaux de recherche. Pour la grande majorité des enfants, elle va au contraire perturber leur apprentissa­ge, explique Céline Darnon (Labora­toire de psychologie sociale et cognitive, université Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand). Nous conseillons aux enseignants de créer un contexte de classe pour que les élèves compren­nent qu'ils sont là pour apprendre et pas pour se comparer aux autres », ajoute la chercheuse.

D'autres n'hésitent pas à pointer l'effet contre-productif de la note lorsqu'elle sert d'étalon à la valeur d'un enfant au lieu d'être juste un outil de sa progression actuelle et des efforts à fournir. Le Pr Croizet et sa collègue Emmanuelle Neuville rap­pellent dans Le Défi éducatif, des si­tuations pour réussir (éd. Armand Colin) que l'on peut, bien sûr, com­plimenter un enfant aussi souvent qu'on le souhaite, mais qu'il vaut mieux le faire sur ses efforts et non sur ses résultats, « qu'ils se soldent par un échec ou par une réussite ».

Le Pr Carol Dweck (Université de Stanford, États-Unis), qui a consa­cré toute sa carrière universitaire à comprendre comment nous gé­rions les échecs (Changer d'état d'esprit, éd. Mardaga), a montré que les enfants qui réussissaient le mieux étaient ceux qui avaient compris que l'intelligence est un potentiel qui peut se développer et non une donnée fixée.

 
 
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