L'enseignement explicite (2003) Imprimer Envoyer
Pédagogie Explicite - Les principes de base
Écrit par Steve Bissonnette et Mario Richard   
Mercredi, 01 Janvier 2003 00:00

Steve Bissonnette et Mario Richard

L'enseignement explicite

Proxima, 2003

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L’enseignement efficace est associé à un enseignement explicite et systématique. En effet, Rosenshine indique qu’un enseignement explicite et systématique consistant à présenter la matière de façon fractionnée, marqué d’un temps pour vérifier la compréhension, et assurant une participation active et fructueuse de tous les élèves, est une méthode d’enseignement particulièrement appropriée pour favoriser l’apprentissage de la lecture, des mathématiques, de la grammaire, de la langue maternelle, des sciences, de l’histoire et, en partie, des langues étrangères. L’enseignement explicite et systématique est également profitable à tous les élèves quand il s’agit d’une matière ordonnée, d’une matière nouvelle ou complexe, et ce, même avec des élèves plus performants.

L’enseignement explicite se divise en trois étapes subséquentes : le modeling ou modelage, la pratique guidée ou dirigée et la pratique autonome ou indépendante. L’étape du modelage a pour but de favoriser, auprès des élèves, la compréhension de l’objectif d’apprentissage, celle de la pratique dirigée leur permet d’ajuster et de consolider leur compréhension dans l’action et, finalement, la dernière étape, la pratique autonome, fournit de multiples occasions d’apprentissage nécessaires à la maîtrise et à l’automatisation de connaissances. Rosenshine indique que, dans l’enseignement explicite, l’enseignant modèlera au départ, devant les élèves, ce qu'il faut faire, pour ensuite les accompagner en pratique dirigée afin qu'ils s‘exercent à leur tour, de façon à ce qu'ils soient capables, en bout de course, d‘accomplir seuls la tâche en pratique autonome. Le questionnement ainsi que la rétroaction devront être constants tout au long de la démarche pour s'assurer que les actions effectuées par les élèves seront adéquates.

Dès la première étape, soit celle du modelage, l'enseignant s'efforce de mettre en place les moyens nécessaires à l’obtention d’un haut niveau d'attention de la part des élèves. Il se préoccupera ensuite de rendre visible, au moyen d’interventions verbales, tous les liens à faire entre les nouvelles connaissances et celles apprises antérieurement, tout raisonnement, toute stratégie ou procédure susceptibles de favoriser la compréhension du plus grand nombre. Lors du modelage, linformation est présentée en petites unités dans une séquence graduée généralement du simple au complexe, afin de respecter les limites de la mémoire de travail. La présentation d’une trop grande quantité d’informations complexifie la compréhension en surchargeant la mémoire de travail de l’élève. Cela a pour effet de nuire à la construction d’une représentation adéquate des apprentissages à réaliser.

C’est au moment de la deuxième étape, soit celle de la pratique guidée, que l'enseignant vérifie la qualité de la compréhension des élèves en leur proposant des tâches semblables à celle qui a été effectuée à l’étape du modelage, et à travers lesquelles il les questionnera de façon à installer une rétroaction régulière. Cette étape est favorisée par le travail d’équipe à l’intérieur duquel les élèves peuvent vérifier leur compréhension en échangeant des idées entre eux. La pratique guidée permet aux élèves de vérifier, d’ajuster, de consolider et d’approfondir leur compréhension de l’apprentissage en cours par l’arrimage de ces nouvelles connaissances avec celles qu’ils possèdent déjà en mémoire à long terme.

Finalement, l’enseignant ne délaissera la pratique guidée pour la pratique autonome, soit la troisième étape, que lorsqu’il se sera assuré que les élèves auront atteint un niveau de maîtrise élevé de la matière à apprendre [1]. La pratique indépendante constitue l'étape finale qui permet à l'élève de parfaire (généralement seul) sa compréhension dans l'action jusqu'à l'obtention d'un niveau de maîtrise de l'apprentissage le plus élevé possible. L’atteinte d’un niveau élevé de maîtrise des connaissances (Mastery Learning) obtenu grâce aux multiples occasions de pratique permet d’améliorer leur organisation en mémoire à long terme en vue d’amener leur automatisation (sur­apprentissage), facilitant ainsi leur rétention et leur rappel éventuel.

Les trois étapes de lenseignement explicite [2]

 

Bibliographie

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[1] . Le niveau de maîtrise d’un apprentissage recherché se situe autour de 80 %.

[2] . Steve Bissonnette et Mario Richard, tableau tiré de Comment construire des compétences en classe. Des outils pour la réforme, Montréal, Chenelière McGraw-Hill, 2001.

 
 
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