À l'origine des neuromythes Imprimer Envoyer
Le débat - Les mythes pédagogiques
Écrit par Françoise Appy   
Dimanche, 18 Novembre 2012 18:40

À l'origine des neuromythes

Résumé d'un article de Cedar Riener, “Myths Come From Values, Not From Ignorance”

Source : Cedar's Digest

 

 

Voici un article très intéressant qui pose la question suivante : pourquoi les neuromythes sont-ils si populaires parmi les enseignants ?

Contre toute attente, ce sont les enseignants les plus au fait des neurosciences qui font le plus de contre-sens sur le sujet et qui participent à la diffusion des mythes. Les mythes ne sont pas propres au champ éducatif mais ils restent très difficiles à éradiquer, la tâche relève d’un autre mythe, celui de Sisyphe !

Il ne faut pas rejeter la faute sur ceux qui diffusent ces croyances, ils sont de bonne foi ; mais pourquoi donc des personnes instruites sur la question, comme cela semble le cas dans l’étude évoquée, sont-ils victimes de croyances erronées ? Tout simplement, conclut l’auteur, car ces mythes ne s’enracinent pas dans l’ignorance, mais dans des valeurs très fortes qu’ils sont censés véhiculer.

Pour le cas des styles d’apprentissage par exemple, beaucoup de personnes pensent que tout enfant peut apprendre. Cependant, poussé à l’extrême, ce raisonnement conduit à l’affirmation suivante : tous les enfants peuvent apprendre tout type de contenu, bien et rapidement. Malheureusement, cela est faux. Il existe des différences dans les habiletés cognitives, elles ont pour conséquence la facilité et la rapidité avec lesquelles les enfants vont apprendre. Le mythe des styles d’apprentissage répond à l’espoir que les difficultés rencontrées par certains élèves viennent du fait qu’ils n’ont pas trouvé le bon canal pour leurs apprentissages. Or, ce n’est pas le cas.

Pour démonter ce mythe, on doit abandonner l’idée d’assimiler l’aptitude cognitive à une valeur sociale plus importante. L’aptitude ne doit pas être considérée comme un potentiel. Même si j’ai peu d’aptitude artistique, si je suis inspiré par le dessin et si je m’acharne à l’étude pendant quelques années, sans aucun doute, je serai capable de dessiner. La théorie sur les styles d’apprentissage, en confondant l’aptitude et le style, nous éloignent d’une dimension réellement importante,  comme l’attention individuelle et la présentation des contenus d’une manière intéressante pour  tous les élèves.

Un autre mythe est évoqué par l’auteur : « un environnement riche en stimuli améliore le cerveau de l’enfant de maternelle ». Qu’entend-on par stimuli ? Proposer des stimulations à un enfant, du style, couleurs, mobiles, jouets, en aucune manière ne va améliorer le fonctionnement de son cerveau.  Les enseignants qui répandent ce mythe veulent sans doute dire qu’« un bon environnement aide le cerveau des tout petits ». C’est sans doute vrai, mais cela ne dit absolument ce qui peut être un bon environnement, ou un stimuli favorable.

L’étude de ces mythes révèle souvent des problèmes de langage ; les mots ne veulent pas dire la même chose pour les scientifiques et pour le grand public. Par conséquent, il faudrait que les scientifiques fassent un effort de communication avec le grand public. En se souvenant d’abord que si les gens y sont attachés, c’est avant tout pour les valeurs qu’ils véhiculent. Si nous nous contentons de détruire ces mythes à coup de logique et d’argumentations scientifiques, sans évoquer la question des valeurs, ils ne disparaîtront jamais.  Cela est fréquent par exemple sur la question de l’évolution.  Nous devons montrer que l’on peut accepter la question de l’évolution sans pour autant renoncer à ses propres valeurs. Avec les styles d’apprentissage, nous devons montrer que nous pouvons, sans recourir à cette idée, donner de l’attention individuelle et valoriser les contributions de chaque élève.

Par ailleurs, les scientifiques doivent reconnaître que leur façon d’utiliser  la langue n’est pas celle du grand public,  elle est beaucoup plus précise. Par exemple, quand les gens disent que « nous utilisons seulement 10 % de notre cerveau », ils ne veulent pas dire que seulement 10 % des neurones sont actifs, ni que chaque neurone n’est utilisé que pendant 10 % du temps où il devrait l’être, ni que chaque mitochondrie dans chaque neurone fonctionne à 10 % de sa capacité ; ils disent en fait que les humains possèdent un potentiel cérébral inexploité. Rejoignons-les d’abord sur ce point avant de leur expliquer qu’en fait, même si nous pouvons toujours apprendre plus, notre cerveau est toujours impliqué complètement dans la tâche.

 
 
Une réalisation LSG Conseil.