Les enseignants victimes des neuromythes Imprimer Envoyer
Le débat - Les mythes pédagogiques
Écrit par Bernard Appy   
Mercredi, 07 Novembre 2012 15:55

Les enseignants victimes des neuromythes

 

Danger !

 

Le site Frontiers in Educational Psychology a publié un article portant sur les neuromythes des enseignants, c'est-à-dire sur les fausses conceptions des enseignants concernant le fonctionnement du cerveau de leurs élèves : Neuromyths in education: Prevalence and predictors of misconceptions among teachers (Sanne Dekker, Nikki C. Lee, Paul Howard-Jones et Jelle Jolles).

En 2002, une étude de l’OCDE, Understanding the Brain: Towards a New Learning Science, a attiré l'attention internationale sur ce phénomène en constatant la prolifération rapide des neuromythes. L'influence de ces derniers dans les salles de classe est problématique car c’est un facteur d’inefficacité dans l’enseignement. Tous les efforts doivent donc être faits pour fonder les pratiques non sur des conclusions falsifiées, mais sur des données probantes.

Que sont ces neuromythes ? Ce sont des affirmations erronées sur la façon dont le cerveau est impliqué dans les apprentissages, bien que ces affirmations soient généralement construites à partir de véritables découvertes scientifiques.

Prenons un exemple, les styles d’apprentissage. Selon ce neuromythe, les élèves apprennent mieux quand l’enseignant s’adapte au style d’apprentissage particulier de chacun (auditif, visuel, kinesthésique). Cette idée fausse repose sur le fait réel que l’information perçue reçoit un traitement dans différentes zones du cerveau. Mais comme ces zones sont étroitement interconnectées, il est erroné de dire qu’un seul mode sensoriel est impliqué dans le traitement de l’information.

Parmi les autres neuromythes, il y a les intelligences multiples ou l’utilisation de 10 % seulement des possibilités du cerveau (sans doute celui qui est le plus répandu dans le public).

Certains enseignants, croyant bien faire, utilisent ces interprétations erronées des neurosciences dans leur pratique pédagogique. Ce qui a des effets contre-productifs, voire néfastes.

L’article cité en introduction présente les résultats d'une recherche menée auprès 242 enseignants (du Royaume-Uni et de Hollande, aussi bien du primaire que du secondaire), intéressés par les neurosciences de l'apprentissage. Les participants ont rempli un questionnaire en ligne contenant 32 énoncés sur le cerveau et son influence sur l'apprentissage, dont 15 étaient des neuromythes (selon la liste établie par l’étude de l’OCDE).

Les résultats obtenus sont pour le moins inquiétants. Qu’on en juge :
- Les neuromythes les plus répandus (« Les élèves apprennent mieux si on les enseigne selon leur style d’apprentissage préféré » ; « Les différences entre cerveau droit et cerveau gauche expliquent les différences dans les apprentissages des élèves ») parviennent à convaincre neuf enseignants sur dix !
- Sur les 15 neuromythes proposés, 7 sont crus par plus de la moitié des enseignants.

Et paradoxalement, ce sont les enseignants qui s'intéressent de près aux recherches sur le cerveau qui sont le plus sensibles à ces neuromythes. Parce qu’ils vont chercher l’information dans les médias peu fiables de la grande presse populaire. Des explications d’apparence scientifique peuvent tromper des personnes ayant quelques connaissances en neurosciences. Alors qu’elles ne tiennent pas devant des experts qui en découvrent très vite la supercherie et le non-sens. Dans ce domaine, on constate que le niveau de connaissance des enseignants n’est donc pas suffisant pour les protéger de la crédibilité.

Ces résultats valident donc les préoccupations exprimées en 2002 par l’OCDE au sujet de la prolifération des neuromythes dans le domaine de l'éducation. Pour y remédier, les auteurs de l’article suggèrent d’établir des passerelles plus nombreuses entre la recherche en neurosciences et le monde de l’enseignement, entre chercheurs et praticiens, pour que ces derniers soient correctement formés et informés. Cela permettrait aux enseignants de développer une attitude critique vis-à-vis de l'information qu'ils reçoivent et d’examiner les preuves scientifiques offertes, avant d'inclure certaines découvertes neuroscientifiques dans leur pratique d'enseignement. D’où la nécessité, constamment répétée par le site Form@PEx, de renforcer le professionnalisme des enseignants grâce au dialogue avec la recherche.

Dans le même temps, les scientifiques sont invités à vérifier attentivement ce que les médias populaires disent de leurs recherches, en expliquant clairement ce qui peut (ou ne peut pas) être conclu de leurs travaux.

Espérons que ces propositions deviennent très vite une réalité…

 
 
Une réalisation LSG Conseil.