Conclusions du National Reading Panel Imprimer Envoyer
En pratique - La lecture
Écrit par Françoise Appy   
Samedi, 15 Octobre 2011 00:00

National Reading Panel

Conclusions

NRP

 

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À la demande du Congrès américain en 1997, un panel de spécialistes a été réuni pour évaluer l’efficacité des méthodes de lecture, à partir de l’ensemble des recherches et études réalisées jusqu’alors. Il s’agit ainsi d’une méta-analyse. On a dénombré 100 000 recherches faites sur le sujet après 1966, 15 000 ayant été faites auparavant. Parmi elles, les membres du Panel ont  retenu les sujets directement liés à l’efficacité des méthodes ou approches de lecture.

Avant toute chose, une enquête a été faite auprès des personnes concernées : enseignants, élèves, parents d’élèves, responsables. Elle portait sur leurs besoins et sur leur façon d’interpréter et d’utiliser les recherches sur le sujet. Cette enquête devait permettre de dégager un plan d’étude, en aucune manière ce n’était une substitution aux résultats.

Voici les thèmes qui sont apparus :
- Importance du rôle des parents d’élèves dans le domaine de la langue orale.
- Repérage précoce des enfants à risques.
- Conscience phonémique et instruction phonique. Comment utiliser plusieurs approches pour augmenter l’efficacité dans l’apprentissage de la lecture afin que tous les enfants réussissent.
- Besoin d’informations objectives et scientifiques sur l’efficacité des méthodes.
- Demande d’études scientifiques sérieuses, dont les conclusions sont basées sur des études expérimentales, faisant preuve de rigueur méthodologique, de fiabilité démontrée, de validité, de reproductibilité, d’applicabilité.
- Importance du rôle de l’enseignant, de la formation, des rapports avec les chercheurs lesquels devraient être encouragés et reconnus.
- Nécessité de diffuser largement les conclusions de l’enquête.

À chacun de ces  groupes de réflexion se sont ajoutés des sous-groupes. Ils ont déterminé sept questions destinées à identifier les méthodes efficaces et facilement utilisables dans les classes.

Les voici :
1/ Est-ce que le travail sur la conscience phonémique améliore la lecture ? Si oui, quelle est la meilleure manière de le faire ?
2/ L’enseignement phonique améliore-t-il la réussite en lecture ? Si oui, quelle est la meilleure manière de le faire ?
3/ Est-ce que la lecture orale guidée (par le maître à sa classe) améliore la lecture courante et la compréhension ? Si oui, quelle est la meilleure manière de le faire ?
4/ Est-ce que l’enseignement du vocabulaire améliore la lecture ? Si oui, quelle est la meilleure manière de le faire ?
5/ Est-ce que les stratégies de compréhension améliorent la lecture ? Si oui, quelle est la meilleure manière de le faire ?
6/ Est-ce que les méthodes dans lesquelles il y a beaucoup de lecture individuelle améliorent la lecture et la motivation ? Si oui quelle est la meilleure manière de le faire ?
7/ Est-ce que la formation des enseignants influence l’efficacité de leur enseignement en lecture ? Si oui, quelle est la meilleure formation ?

 

Conclusions par domaines

1. Domaine alphabétique

11. Conscience phonémique

La conscience phonémique ainsi que la connaissance des lettres sont les deux facteurs principaux qui peuvent augurer de la façon dont les enfants apprendront à lire pendant les deux années à venir.
Les méthodes enseignant les lettres et les sons, ont plus de résultats en lecture que celles qui ne le font pas.
La conscience phonémique améliore la lecture, l’orthographe même dans les années suivantes. (Mais n’a pas d’incidence sur les maths). Par contre, elle n’est pas efficace pour l’orthographe des élèves qui sont déjà mauvais lecteurs. L’enseignement de la conscience phonémique est plus efficace quand il est explicite.
Il faut savoir, avant de se lancer dans l’enseignement de la conscience phonémique que :
- Ce n’est pas une méthode de lecture complète.
- Cela permet de donner aux élèves une connaissance de base du système alphabétique.
- Il faut en plus assurer l’enseignement de la lecture et de l’orthographe.
- Il y a plusieurs façons efficaces de l’enseigner.
- Une clé du succès est la motivation de l’enseignant et des élèves.

12. Enseignement phonique

Ce sont des méthodes qui s’appuient sur la correspondance lettre / son. Elles peuvent être systématiques ou  bien occasionnelles. Une approche systématique est explicite et progressive. Dans une approche occasionnelle, l’enseignant n’a pas de progression pré-établie,  mais introduit les sons quand ils se présentent dans un texte.

13. Les différentes méthodes phoniques

Synthétique : De la lettre au son, assemblage de syllabes pour faire des mots. Cette méthode est  la plupart du temps mise en œuvre par enseignement direct et explicite avec des textes lisibles et décodables par les enfants.
Analytique : Du mot aux sons et des sons à la lettre.
Encastré : L’aspect phonique est inclus dans les textes, approche implicite qui rejoint les méthodes occasionnelles. C’est une méthode non explicite, elle utilise des textes décodables moins fréquemment.
Analogique : Faire découvrir les mots nouveaux par analogie avec des mots connus.
Orthographique : Segmenter les mots en phonèmes et sortir les lettres de ces phonèmes

14. Questions guidant l’analyse

- Est-ce que l’enseignement phonique augmente la réussite dans l’apprentissage de la lecture ?
- Est-ce qu’il est plus efficace dans certaines classes ?
- Est-il profitable pour les enfants en difficulté en lecture ?
- Améliore-t-il seulement l’aptitude à décoder ou à lire un texte décodable ou bien tous les aspects de la lecture ?
- Y a-t-il des méthodes phoniques plus efficaces et pour quels élèves ?
- Y a-t-il une influence sur l’orthographe ?

15. Conclusions

La conclusion de la méta-analyse indique qu’un enseignement phonique systématique améliore la réussite dans l’apprentissage de la lecture, et qu’il est de manière significative plus efficace qu’un enseignement peu ou pas phonique.
L’enseignement phonique est bénéfique depuis la Grande Section jusqu’à la sixième et aussi pour les élèves en difficultés. Les élèves du CP ayant reçu un enseignement phonique étaient systématiquement meilleurs en lecture et en orthographe et ont montré de bons résultats en compréhension. Quand l’enseignement phonique est dispensé plus tard, les élèves arrivent à lire et à épeler mais il n’y a pas d’amélioration significative de la compréhension. La méthode systématique a un effet positif et significatif sur les mauvais lecteurs et sur les enfants de milieux défavorisés. A tous les niveaux, la méthode synthétique améliore l’aptitude à épeler correctement. Avec un impact plus fort en GS et diminuant après. On dit en général que les enfants de GS ne sont pas prêts pour un enseignement phonique. Mais les données montrent le contraire. La méthode systématique devrait être enseignée dès la GS.
La méthode phonique systématique a été utilisée largement sur une longue période avec des résultats positifs  et une grande variété de programmes phoniques se sont révélés efficaces avec des enfants d’âges, d’aptitudes et de milieux socio-économiques divers.
L’enseignement phonique systématique est un facteur essentiel d’un bon apprentissage de la lecture. Cependant, il ne faut pas oublier qu’il n’est qu’un moyen. Les méthodes qui se concentrent sur le décodage au détriment de l’usage des mots ont peu de chances d’être efficaces. Les enseignants qui vont utiliser une méthode phonique systématique doivent garder cela à l’esprit.

Rôle de l’enseignant : certaines méthodes sont très directives. L’enseignant doit bien les connaître avant de les choisir. L’enseignement phonique n’est qu’un composant nécessaire mais pas suffisant d’une méthode de lecture qui au même titre que la conscience phonémique, la lecture courante, la compréhension.
Trop de classes ne s’attachent qu’à cela. L’enseignement phonique systématique est fait pour augmenter la précision dans le décodage des mots, ce qui à terme facilitera la compréhension. Les compétences phoniques à elles seules sont insuffisantes, elles doivent s’accompagner de la conscience phonémique, de la lecture courante, de la lecture de livres, de la compréhension.

 

2. Lecture courante

Elle est souvent négligée. Si le texte n’est pas lu couramment, l’élève aura du mal à se souvenir de ce qu’il a lu et à mettre en rapport les idées.

Des recherches récentes sur l’efficacité ont montré l’importance d’enseigner la lecture courante.

Deux approches :
- Lecture orale guidée
- Lecture individuelle silencieuse avec guide

Lecture orale
L’enquête a montré qu’elle a un impact significatif et positif sur la reconnaissance des mots, la lecture courante, la compréhension. Ceci pour toutes les catégories d’élèves.

Lecture silencieuse
Il n’y a pas assez de preuves pour conclure qu’une lecture individuelle massive améliore les aptitudes. Cela ne suffit pas pour dire qu’il faut la supprimer.

 

3. Compréhension

C’est un processus cognitif complexe qui ne peut ignorer le rôle du développement du vocabulaire dans la compréhension. C’est un processus actif qui nécessite une interaction voulue entre le texte et le lecteur.

Le vocabulaire

Son importance pour la lecture est reconnue depuis longtemps. Dès 1924, des chercheurs l’avait remarqué Whipple 1925.
Il y a deux types de vocabulaire : oral et écrit.
Un lecteur qui rencontre un mot nouveau, le décode et l’oralise. S’il fait partie de son lexique, il comprendra. Sinon, il ne comprendra pas. En conséquence, plus vaste est le lexique (oral ou écrit), plus les chances de compréhension sont grandes.
Conclusions : Enseigner le vocabulaire améliore les performances en lecture. Les méthodes pour le vocabulaire doivent être adaptées à l’âge et aux capacités des élèves. L’utilisation de l’ordinateur s’est révélée très positive. Le vocabulaire peut s’apprendre aussi de manière occasionnelle. Les techniques comme exposer plusieurs fois les enfants aux mots. Remplacer des mots faciles par des mots difficiles peut aider les enfants en difficulté.
- Le vocabulaire doit être enseigné à la fois de manière directe et indirecte.
- Les répétitions sont importantes
- Apprendre dans des contextes multiples.

Enseigner la compréhension

La compréhension est une « pensée intentionnelle durant laquelle le sens est construit à travers des interactions entre le texte et le lecteur ». La compréhension est améliorée quand les lecteurs relient activement les idées de l’écrit avec celles qu’ils possèdent en mémoire. La compréhension peut être améliorée en enseignant à utiliser des stratégies quand les enfants ne comprennent pas. Bien sûr ils acquièrent ces stratégies de manière informelle mais une instruction explicite a montré son efficacité.
7 types de stratégies sont reconnues comme utiles :
- guider pour expliquer comment être conscient de sa compréhension ;
- apprendre les stratégies ensemble ;
- utiliser des tableaux pour noter les aides à la compréhension ;
- répondre à des questions posées par le maître avec feedback ;
- trouver des questions sur le texte ;
- utiliser la structure du texte pour se souvenir et pouvoir répondre aux questions ;
- résumés.
Enseigner plusieurs techniques de compréhension est le plus efficace, cela permet aux élèves de se souvenir du texte, de poser des questions, de résumer au mieux.

La préparation des enseignants pour les stratégies de compréhension

Les enseignants doivent bien les connaître. L’approche par explication directe implique une explication du raisonnement mental dans l’acte de comprendre. On peut comparer cela à une résolution de problème. Ex : trouver l’idée générale.
Les stratégies transactionnelles expliquent le processus de la pensée. Puis elles mettent l’accent sur les échanges entre élèves pour proposer des interprétations.

 

4. Formation des enseignants et lecture

Beaucoup de questions restent en suspens. En particulier à propos de formation initiale ou continue.

 

5. Lecture et informatique

Il est avéré que l’on peut utiliser profitablement l’ordinateur pour la lecture (traitement du discours, reconnaissance vocale, liens hypertextes) et aussi en liaison avec l’écriture par le biais du traitement de texte. Les réponses restent incomplètes.

 

Source : http://reading.uoregon.edu/big_ideas/

Concept

Description

Conclusions du NRP

Conscience phonémique

Consiste à savoir que les mots sont composés de petites unités appelées phonèmes. Enseigner la conscience phonémique donne aux élèves le fondement nécessaire leur permettant d’apprendre à lire et à épeler.

Les élèves ayant reçu ce type d’enseignement ont amélioré leurs performances en lecture de manière significative par rapport à ceux qui n’ont  pas suivi cet enseignement.

Enseignement phono-alphabétique

La méthode phono-alphabétique enseigne aux élèves les correspondances entre  phonèmes et lettres et explique comment utiliser cela dans la lecture et l’écriture.

Les élèves montrent des bénéfices notoires d’un enseignement explicite phono- alphabétique, de la GS jusqu’à la classe de 6ème.

Fluence

La fluence signifie être capable de lire rapidement, en comprenant le sens des mots, en les prononçant expression, en mettant l’intonation juste, l’émotion ou emphase sur le bon mot ou la bonne phrase. Enseigner la fluence comprend la lecture orale guidée,  dans laquelle les élèves lisent à haute voix à quelqu’un qui corrige leurs erreurs en leur fournissant un feedback ; il comprend aussi  la lecture individuelle silencieuse au cours de laquelle les élèves lisent pour eux-mêmes.

La fluence en lecture améliore les habiletés à reconnaître les mots nouveaux; ainsi que celles à lire plus vite, de manière plus juste et plus expressive. Elle permet également de mieux comprendre le sens de ce qui est lu.

Compréhension : enseignement du vocabulaire

Enseigne comment reconnaître les mots et comprendre leur sens.

L’enseignement du vocabulaire et un contact répété avec les mots enseignés est très important.

Compréhension : enseignement de la compréhension

Enseigne des stratégies pouvant être utilisées pour aider à la compréhension lors de la lecture.

On a identifié 7 façons d’enseigner la compréhension pouvant aider à l’amélioration des stratégies chez les élèves n’ayant pas de difficultés en lecture. Par exemple, créer des questions et y répondre ainsi que l’apprentissage coopératif.

Compréhension:

la formation de l’enseignant aux stratégies de compréhension en lecture

Fait référence à la manière dont l’enseignant connaît le texte, son contenu, les stratégies de compréhension à enseigner,  et comment maintenir l’intérêt des élèves.

Les enseignants sont mieux préparés pour enseigner et utiliser les stratégies de compréhension s’ils ont eux-mêmes reçu un enseignement sur ces stratégies.

La formation des enseignants pour l’enseignement de la lecture

S’intéresse à la formation reçue par les  enseignants en matière de lecture, l’efficacité de leurs méthodes de lecture, et de quelle manière la recherche peur améliorer leur compréhension de l’enseignement de la lecture.

Les études sur la formation des enseignants étaient plus générales que le critère considéré par le panel. Parce que les études ne se centraient pas sur des variables spécifiques, le panel n’a pas pu tirer de conclusions. Ainsi il recommande des études complémentaires sur la question

Informatique et enseignement de la lecture

Examine comment les nouvelles technologies peuvent être utilisées pour l’enseignement de la lecture.

Parce que peu d’études se sont intéressées à l’utilisation des ordinateurs dans l’enseignement de la lecture, le NRP a tiré peu de conclusions. Néanmoins, il a noté que les 21 études sur le sujet aboutissent à des résultats positifs quant à l’utilisation des ordinateurs pour la lecture.

 

Form@PEx Voir la traduction des conclusions du National Reading Panel faite par l'association Agir pour l'école.

 
 
Une réalisation LSG Conseil.