Initiative École 2010 : Une tentative pour installer l'Enseignement Explicite dans le canton de Vaud Imprimer Envoyer
Pédagogie Explicite - Historique du courant
Écrit par Françoise et Bernard Appy   
Dimanche, 04 Septembre 2011 00:00

 

Suisse

 

École 2010


Une tentative pour installer l'Enseignement Explicite dans le canton de Vaud

 

Vous trouverez ci-dessous une série d'articles parus sur le site Form@PEx à propos de l'initiative École 2010, dont l'un des projets était d'installer l'Enseignement Explicite dans les établissements scolaires du canton de Vaud en Suisse.

 

Article du 27 février 2010 :

Le 27 février 2010, nous avons rencontré à Étoy, près de Lausanne, Jean-François Huguelet et Laurence Benoit, deux des principaux acteurs de l'initiative École 2010.

La discussion a été riche, passionnante et très cordiale. L'accueil très chaleureux.

La volonté des initiants d'encourager les enseignants à adopter l'enseignement explicite est sans faille. De même que leur détermination à imposer une École instructionniste, moderne et efficace dans le canton de Vaud.

Lausanne

 

Qu’est-ce qu’une initiative populaire ?

L’initiative populaire est un droit civique suisse, permettant à un nombre donné de citoyens ayant le droit de vote de faire une proposition et de la soumettre à la votation populaire pour qu'elle devienne une loi.

Ce droit existe aux trois niveaux de la politique nationale : au niveau fédéral pour proposer une modification de la Constitution, au niveau cantonal et communal pour proposer la modification d'une loi existante ou la création d'une nouvelle loi.

 

Qui est concerné par l’initiative École 2010 ?

Le canton de Vaud.

Toutefois les problèmes risquent fort de devenir romands depuis que la CIIP (ensemble des chefs de départements de l'instruction publique romands) a formulé clairement sa volonté d'étendre à l'ensemble des cantons romands les mêmes principes pédagogiques.

Rappelons que la Suisse romande est la partie francophone de la Suisse.

 

Qui est à l’origine de l’initiative École 2010 ?

L'étroite collaboration de deux associations ASPICS (Association de parents intéressés et concernés par la scolarité) et AVEC (Association vaudoise d'enseignants pour une école crédible) a conduit à l'aboutissement de ce projet d'initiative le 25 septembre 2007.

Enthousiasmée par le texte de l'initiative, l'Association vaudoise de parents chrétiens AVPC a rejoint les rangs des initiants.

 

Qu’est-ce qui a motivé les initiants ?

Le Canton de Vaud a une école potentiellement performante, une structure scolaire convenable et des enseignants bien formés qui se réjouiraient de pouvoir donner davantage à la génération montante dans un cadre mieux structuré.

Cependant, comme partout ailleurs, l’École renonce de plus en plus facilement à l’exigence, les contenus sont progressivement vidés de leur substance et les choix pédagogiques officiels sont inadaptés et inefficaces.
Dès lors, les baisses de connaissances des élèves sortant de l'école obligatoire sont flagrantes.

 

Que veulent les initiants ?

- Présenter au peuple une alternative au modèle unique.

- Imposer aux autorités scolaires un vrai débat public sur le thème de l’école.

- Assurer que l’école vaudoise prend bien la direction que veut le peuple et non celle de pédagogues omniscients et imprudents.

- Éviter de chambouler les structures de l’école actuelle, dotée d’un bon socle légal qu’il suffit d’ajuster sur un certain nombre de points devenus insatisfaisants.

- Des pédagogies efficaces et il n’y a pas de bonne raison pour attendre.

 

Quel est le modèle préconisé par l’initiative École 2010 ?

L’initiative met au programme la restauration des connaissances de base, la revalorisation de la grammaire, de l'orthographe, des méthodes d'enseignement explicites, avec des supports de cours qui contiennent la théorie à laquelle se rattachent les exercices, la valorisation de l'effort, de l'excellence et du dépassement de soi. L'initiative veut aussi instaurer un enseignement rigoureux du français, clé de la maîtrise de l'ensemble des branches.

 

Quel article de l’initiative concerne l’enseignement explicite ?

Il s’agit de l’article 52 de la Loi scolaire :

1/ Le Département détermine les objectifs détaillés de chaque degré rédigés en termes de connaissances et de compétences basées sur des connaissances.
2/ Celui-ci décide notamment des grilles horaires ainsi que des programmes et des moyens d'enseignement basés prioritairement sur les pédagogies dites explicites. Il contrôle que les objectifs qu’il a fixés sont atteints.
3/ Il garantit la liberté pédagogique des maîtres.

Dans leur commentaire, les initiants précisent en outre :

« Quoique la mention d’un type de pédagogie puisse paraître incongrue ici, il s’agit de sortir une bonne fois pour toutes des pédagogies inefficaces dans lesquelles nous ont  embarqué les méthodes mises au point dans les années 50 et abandonnées par les pays anglo-saxons qui les avaient initiées. Les initiants veulent que les maîtres aient la liberté des méthodes pour autant que celles-ci permettent d’atteindre rigoureusement les objectifs annuels fixés par le département avec un succès au moins égal aux méthodes d’enseignement dites explicites. Par explicite, il est entendu : qui énonce et explique les règles (ce qui suppose que les élèves connaissent les règles qu’ils appliquent dans les exercices – si évident que cela paraisse, cela n’est pas la norme actuellement), qui s’enseigne du simple au complexe. »

 

Où en est la procédure ?

Malgré leurs faibles moyens, les initiants ont recueilli plus de 16 000 signatures. Ce qui est suffisant pour l’organisation d’une votation qui acceptera ou non la proposition de loi des initiants. Cette votation aurait dû avoir lieu avant la fin de l’année 2010, mais le camp constructiviste ayant beaucoup de mal à élaborer un contre-projet, l'échéance est sans cesse reportée...

 

Visiter le site de l'initiative École 2010

École 2010

 

Jean-François Huguelet

Jean-François Huguelet

 


Article du 22 novembre 2010 :

Conférence Form@PEx à Lausanne
20 novembre 2010

Vers une école efficace par la Pédagogie Explicite

 

Le samedi 20 novembre 2010, nous étions à Lausanne pour présenter la Pédagogie Explicite lors d'une conférence publique, sur l'invitation d'une association d'enseignants (l'AVEC) et de deux associations de parents d'élèves (l'ASPICS et l'AVPC).

Conférence Form@PEx

 

Françoise et Bernard Appy

Devant un auditoire attentif et motivé, nous avons d'abord parlé des origines de la Pédagogie Explicite. Puis nous avons expliqué comment mettre en œuvre cette pratique d'enseignement efficace en classe. Nous avons, en conclusion, évoqué les pistes pour parvenir à une école à la fois instructionniste et moderne.

Les nombreuses questions du public nous ont montré son intérêt pour la question de l'efficacité en classe. Les problèmes évoqués trouvent leur solution dans le cadre d'un enseignement explicite et structuré.


L'initiative populaire impulsée par ces associations va prochainement soumettre aux électeurs une réforme du système éducatif dans le canton de Vaud. Une des mesures proposées porte justement sur la mise en place dans les écoles vaudoises d'un enseignement explicite, rompant avec l'enseignement par découverte sans retourner aux pratiques d'autrefois.


Les atermoiements de la partie adverse (d'inspiration très constructiviste) ont considérablement retardé le processus de démocratie directe. Toutefois, la votation aura probablement lieu au printemps 2011. Nos amis suisses ont de bonnes chances de l'emporter, mais rien n'est joué d'avance.


Nous espérons avoir contribué utilement à leur projet en expliquant tout l'intérêt de mettre en place un enseignement explicite dans les classes.

L'accueil particulièrement chaleureux et les réactions extrêmement favorables que nous avons recueillies nous montrent que notre projet de formation et de conseillance en Pédagogie Explicite, est une excellente et très utile initiative. En tout cas, notre première intervention en tant que Form@PEx a été une vraie réussite, déterminante pour le lancement de nos nouvelles activités.


Lausanne

 

Voir les vidéos de la conférence

 

 

Article du 22 août 2011 :

Selon 20 Minutes Online

Oui à “École 2010”, selon un sondage

L'initiative “École 2010”, qui sera soumise en votation populaire dans le canton de Vaud le 4 septembre, serait acceptée par 56% des citoyens, selon un sondage.

 

École 2010

 

Les résultats du sondage, réalisé par l'institut MIS Trend entre le 10 et le 17 août pour le compte de 24 heures et de la Télé, ont été communiqué dimanche soir par les deux médias. Seules 30 % des 1005 personnes interrogées prévoient de voter en faveur du contre-projet des autorités.

L'initiative populaire “École 2010: sauver l'école” prévoit notamment l'application d'une pédagogie dite “explicite”.

 

 

Article du 23 août 2011 :

Les couleurs de la pédagogie

« Il faut savoir, a indiqué Jacques Daniélou, président de la SPV, que la pédagogie explicite n’est pas juste une pédagogie directive ou frontale. Elle a pour origine les théories de l’Américain Barak Rosenshine où l’on fragmente le savoir de manière à faire apprendre très vite. Cette méthode a été utilisée pour l’armée américaine. On ne s’interroge pas sur le sens du savoir. »
Source : 24heures

Jacques Daniélou est président de la Société Pédagogique Vaudoise, ardent défenseur du contre-projet socioconstructiviste LEO, opposé à l’initiative populaire vaudoise “École 2010” qui préconise la Pédagogie Explicite comme méthode d’enseignement.

Il est normal que chacun défende et argumente son point de vue, mais en matière éducative il est aussi fréquent que le débat tourne au procès d’intention, au sarcasme, à l’amalgame, en particulier lorsque l’un des protagonistes se sent en position de faiblesse. Les propos de Jacques Daniélou reproduits ci-dessus en sont un exemple remarquable, à quelques semaines du vote et alors que les tendances ne sont pas favorables au projet LEO.

On se demande s’il s’agit de mauvaise foi ou d’un dysfonctionnement cognitif. En quelques phrases, nous avons là un tissu de mensonges qui rallongeraient le nez de Pinocchio de quelques mètres.

Menteur

Pour commencer, il qualifie l’enseignement explicite de “pédagogie directive et frontale”. Dans sa bouche, c’est une très mauvaise chose. Pourquoi ? On n’en a aucune idée. C’est ainsi, cela fait partie des croyances ; on n’a pas besoin d’apporter une preuve tangible de ce en quoi l’on croit. Il s’agit du b-a ba du pédagogiquement correct : une pédagogie directive et frontale est mauvaise. Personne n’a jamais défini avec précision de quoi il s’agissait, et personne n’a jamais prouvé en quoi c’était autant néfaste.

Mais il existe une chose pire que cela : l’enseignement explicite. Pourquoi ? Jacques Daniélou n’argumente pas, préférant, pour des raisons évidentes, égrainer les spectres des pires abominations par des termes comme  “théories”, “américain” (deux fois), “fragmenter le savoir”, “apprendre vite”, “armée”. De quoi effrayer le commun des mortels. Et, cerise sur le gâteau, en enseignement explicite on apprend des choses mais “on ne s’interroge pas sur le sens du savoir”. Autrement dit, on apprend mais on ne sait pas, ce serait donc une usine à fabriquer des imbéciles.

M. Daniélou s’imagine–t-il qu’après une telle description, le lecteur lambda n’aura d’autre envie que d’en savoir plus sur cette terrible pratique pédagogique ? Et que se passerait-il s’il se rendait compte que c’est une toute autre chose ?  En cela, M. Daniélou est un bon exemple des praticiens constructivistes, qui prétendent développer l’esprit critique des élèves en leur inculquant des pensées toutes faites, en formatant leurs esprits plutôt qu’en leur donnant les outils intellectuels pour constituer leur propre pensée. Mais au fait, n’est-ce pas la même personne qui un peu plus loin, décrit l’enseignement explicite comme une “pédagogie noire”, donnant toute puissance à l’enseignant ? Et qui accuse, dans un autre texte,  les promoteurs d’École 2010 de vouloir diffuser une pédagogie de la peur. En tout cas, dans le présent article,  qui répand la peur et qui se veut le tout puissant pédagogue assénant ses vérités ?

Qu’en est-il vraiment de l’enseignement explicite ? C’est très facile de le savoir au vu du grand nombre de publications sur le sujet. L’enseignement explicite est né dans les années 70, de la recherche d’efficacité de l’enseignement en termes de résultats scolaires et ce, pour tous les élèves.

Barak Rosenshine est bien le père de l’enseignement explicite, mais ses recherches ont commencé en 1976, alors qu’il exploitait les résultats du projet Follow Through (1967-1976). Donc bien après la Seconde Guerre mondiale. En aucune façon, il n’est à l’origine de la MAO puisque l’on peut supposer que c’est cette méthodologie qu’évoque Jacques Daniélou. La MAO (Méthode audio-orale) est née en 1941 pour répondre aux besoins de l’armée américaine, afin de former rapidement des gens parlant d’autres langues que l’anglais. Cette méthode, utilisée pendant deux ans, a provoqué un grand intérêt dans le milieu didactique. Ses principes de base soutiennent :
- que le langage ne peut être acquis qu’en le pratiquant,
- qu’il faut pour cela faire manipuler les formes afin que s’implante progressivement un système de réflexes,
- que la forme orale est prédominante,
- que l’élève doit d’abord écouter, puis parler, ensuite lire, puis écrire,
- qu’il  convient de simuler le plus possible les situations réelles (dialogues),
- qu’il faut se rapprocher des conditions de l’acquisition de la langue « en milieu naturel » en bannissant l’usage de la langue maternelle,
-  qu’il faut renforcer les mécanismes fondamentaux de manière intensive,
- que la réflexion grammaticale doit se limiter à la mise en place de mécanismes.
Pour l’anecdote, regardez les manuels d’enseignement des langues en primaire et les attentes pédagogiques officielles : vous trouverez beaucoup de similitudes. La MAO n’est pas de l’enseignement explicite et Barak Rosenshine, qui était encore en culottes courtes, n’en est pas l’auteur.

La Pédagogie Explicite est un mode de transmission directe des connaissances et habiletés de la part de quelqu’un qui sait à destination de quelqu’un qui ne sait pas encore. Pourquoi ? Car c’est un mode très efficace, comme le disent les données probantes sur la question. Le projet Follow Through, qui fut la première étude à très grande échelle, l’a démontré. De nombreuses autres recherches l’ont confirmé par la suite et le confirment encore de nos jours.

Signalons que l’enseignement explicite n’est pas une méthode frontale, si l’on suppose que ce mot évoque un éventuel affrontement entre l’enseignant et ses élèves.

S’appuyant toujours sur les données probantes, et en particulier sur les sciences cognitives, l’enseignement explicite part du simple pour aller vers le complexe, cela évite une surcharge cognitive et permet une meilleure appropriation.

La compréhension est au centre de l’enseignement explicite et elle est inséparable de la mémorisation, c’est-à-dire du transfert en mémoire à long terme. C’est ce qui permettra à l’élève d’en disposer à sa guise dans des situations plus complexes. M. Daniélou exprime là un autre poncif constructiviste qui consiste à croire que mémoriser un fait abêtit les individus.

Enfin, je ne peux pas m’empêcher de noter qu’apprendre vite est considéré comme négatif. La longévité des apprentissages n’est pas un signe de leur qualité, rien ne l’a jamais montré. Le meilleur exemple est celui de l’apprentissage de la langue anglaise dans les écoles françaises : imaginerait-on qu’un lycéen lambda a étudié l’anglais pendant au minimum sept ans quand on l’entend s’exprimer ?

Les débats pédagogiques ne se justifient que dans le but d’aller vers une amélioration des choses et ne sont intéressants que dans la mesure où ils opposent un argument à un autre, une étude à une autre. Leur seul arbitre devrait être l’efficacité prouvée des méthodes proposées, à moins que les buts de l’école n’aient changé et qu’il ne soit plus question d’y apprendre efficacement et durablement.

Pour rester dans le ton de l’article, je ne peux m’empêcher d’ajouter que si l’enseignement explicite était une “pédagogie noire”, le constructivisme serait alors une “pédagogie caca d’oie”. Chacun ses goûts…

 

 

Article du 4 septembre 2011 :

Le constructivisme n’est pas mort !

Selon 24heures, l’initiative “École 2010” n’a pas convaincu les 40 % d’électeurs vaudois qui se sont exprimés ce dimanche 4 septembre 2011. Pourtant, un sondage réalisé entre le 10 et le 17 août lui donnait une avance confortable.

C’est le contre-projet d’inspiration constructiviste, réalisé à grand peine par la ministre Anne-Catherine Lyon, qui l’emporte avec 52 % des voix. En Suisse comme en France, les politiciens de métier confortés par des “pédagogues” incompétents finissent toujours par avoir le dernier mot. Et tant pis si on doit recourir à des basses manœuvres, à la calomnie et aux mensonges (par exemple l’assimilation de l’enseignement explicite à une “pédagogie noire”). Cela ne grandit certainement pas ceux qui y ont recours, mais cela leur permet de gagner. Et c’est ce qui leur importe le plus…

Quant à l’intérêt public d’une École instructionniste, moderne et efficace, il passe à la trappe. Nos amis Jean-François Huguelet et Laurence Benoit, ainsi que l’équipe qu’ils ont su regrouper autour d’eux, doivent être particulièrement déçus d’avoir échoué au terme d’un si long parcours semé d’embûches.

Ils se sont heurtés, comme nous en France, à une idéologie toute-puissante qui proclame le bien des élèves mais fait exactement l’inverse dans la triste réalité des classes. On continue obstinément à mettre en œuvre des méthodes pédagogiques dont l’inefficacité a été largement démontrée par les plus récentes recherches en sciences de l’éducation et en psychologie cognitive. Les croyances et l’idéologie l’emportent toujours – et de loin ! – sur les données probantes. Pauvres élèves qui devront apprendre en autodidactes à cause d’un abandon pédagogique généralisé. Pauvres systèmes scolaires qui se déliteront jusqu’à l’implosion finale provoquant la libéralisation des enseignements, tant attendue dans les milieux d'affaires. L’École sera alors un marché juteux où les plus humbles n’auront aucune chance.

École 2010

Le petit bonhomme d’“École 2010” nous adresse donc un dernier salut pour dire adieu à « la restauration des connaissances de base, la revalorisation de la grammaire, de l'orthographe, des méthodes d'enseignement explicites, avec des supports de cours qui contiennent la théorie à laquelle se rattachent les exercices, la valorisation de l'effort, de l'excellence et du dépassement de soi. »

Cela n’a pas convaincu des électeurs vaudois. Leurs enfants devront désormais en subir les conséquences…

 
 
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