Enseignement Explicite de l’orthographe : Don’t panic ! Imprimer
En pratique - Gestion des matières
Écrit par Françoise Appy   
Mardi, 17 Avril 2012 14:43

Enseignement Explicite de l’orthographe : Don’t panic !

 

Don't panic !

 

Il en va de l’orthographe comme des autres disciplines. Une méthode d’enseignement efficace est indispensable. On ne peut que se réjouir de la récente circulaire ministérielle, mentionnant l’enseignement explicite comme méthode utile à l’enseignement de l’orthographe... même si pour autant elle n’écarte pas une approche plus implicite.

Levée de boucliers chez les constructivistes qui ne voient dans ce texte que l’apprentissage (forcément bête et discipliné) des règles d’orthographe. Cela suffit pour une disqualification. Mais, à leur décharge,  peut-être ne connaissent-ils pas vraiment l’enseignement explicite, qu’ils ont tendance à assimiler aux cours magistraux de l’enseignement traditionnel, à l’application rigoureuse de règles dont on ne comprend ni le sens ni le pourquoi.

Non, l’Enseignement Explicite n’est rien de tout cela. Il s’agit d’enseigner de manière efficace – s’appuyant sur des données probantes – des connaissances scolaires, qui sont de trois types : factuelles, procédurales et conceptuelles. L’intégration de ces connaissances conduit aux compétences demandées par les programmes.

En Enseignement Explicite, on sait – car la recherche l’a montré – qu’un moyen efficace pour effectuer cette transmission est de le faire directement, sans passer par une pratique de découverte, de manière progressive (en partant du simple pour aller vers le complexe), en s’assurant au préalable que les connaissances prérequises sont bien installées.

Ensuite on considère que les trois types de connaissances (factuelles, procédurales, conceptuelles) sont d’égale importance et il n’y a pas entre elles de hiérarchie. Elles seront donc enseignées de manière égale.

Pour revenir à l’actualité, penchons-nous sur l’orthographe dont on ne dira jamais assez son lien intime avec la grammaire. En effet, les connaissances conceptuelles en orthographe reposent sur des connaissances grammaticales ; si elles sont absentes, la compréhension ne sera pas au rendez-vous. Exemple : les homophones son et sont.  La connaissance procédurale consiste à connaître l’artifice qui va vous permettre de savoir quoi écrire ; en général, on dit aux élèves « si vous pouvez remplacer pas étaient, alors vous écrivez sont ».  Cette connaissance peut aider les débutants, s’ils sont capables de se poser tout seuls la question chaque fois qu’ils ont à écrire ce mot.  Mais la connaissance conceptuelle est elle aussi nécessaire ; c’est grâce à elle que nous savons que le mot sont est une expression du verbe être. C’est une connaissance grammaticale. Et lorsque nous, adultes, écrivons, nous sommes capables de savoir automatiquement si le mot est une expression du verbe être ou bien un déterminant possessif. Nous n’avons plus besoin d’appliquer la règle.

Tout cela pour montrer la nécessité de posséder ces trois types de connaissance et de souligner aussi l’importance de l’automatisation. L’enseignement de l’orthographe doit avoir pour but d’automatiser les réflexes, d’être capables d’écrire sans faute, en évitant pour chaque mot le recours à des raisonnements complexes et coûteux en charge cognitive. Lorsque nous écrivons sous la dictée, nous utilisons notre mémoire de travail ; or celle-ci a des capacités extrêmement limitées en contenu et en temps ; pour éviter la surcharge cognitive, il faut avoir recours aux automatismes.

Comment s’acquièrent ces automatismes ? Par un enseignement explicite et progressif des règles orthographiques contenant :

  • des faits à retenir (connaissances factuelles), c’est-à-dire à installer en mémoire à long terme, comme par exemple des listes de mots, des exceptions…
  • des procédures à savoir utiliser (connaissances procédurales), comme par exemple celles relatives aux homophones grammaticaux,
  • des concepts à intégrer (connaissances conceptuelles), comme par exemple la notion de sujet du verbe pour l’accord orthographique de celui-ci.

Cet enseignement complet doit être suivi d’une abondante pratique sans laquelle aucun automatisme ne sera acquis. Cela signifie beaucoup d’entraînement sous des formes variées. Il ne s’agit pas uniquement d’exercices de Bled, comme certains le caricaturent. L’entraînement revêt des formes très variées. Dans tous les cas, il sera accompagné d’une correction et rétroaction immédiates.

On ne dira jamais assez l’importance des automatismes en orthographe ; ils libèrent la mémoire de travail et permettent ainsi de la consacrer au contenu de ce que l’on écrit, aux idées et au style.

Les méthodes constructivistes négligent les connaissances factuelles et procédurales et disent privilégier les connaissances conceptuelles. On remarque aussi qu’elles négligent l’acquisition des automatismes supposés s’opposer à la compréhension ou former des élèves perroquets. Dans la même idée, elles négligent la pratique. C’est une grave erreur sur le plan cognitif car nous savons à l’heure actuelle (et il y a un consensus sur la question en psychologie cognitive) que l’architecture cognitive est telle que les automatismes évitent la surcharge et permettent à l’élève d’atteindre un niveau plus élevé de raisonnement. Comme nous savons que la pratique permet l’acquisition de ces automatismes et constitue un passage obligé dans le chemin vers l’expertise.

On est en droit de se demander si le discours critique qui a lieu aujourd’hui, fait preuve de mauvaise foi ou s’il est le fruit d’une désinformation. L’Enseignement Explicite revendique la pratique, et l’automatisation de certains éléments dans le but de libérer la mémoire de travail pour mieux raisonner ; il enseigne aussi les connaissances conceptuelles car il sait qu’une chose non comprise n’est pas retenue efficacement. Il n’en est pas ainsi de l’enseignement traditionnel qui focalise sur les connaissances factuelles et procédurales exclusivement, qui ignore allègrement les contraintes imposées par l’architecture cognitive, et à qui pourraient bien s’adresser les reproches.