Est-il légitime d’intervenir physiquement ? Imprimer Envoyer
En pratique - Gestion de classe
Écrit par Bernard Appy   
Vendredi, 07 Octobre 2011 00:00

Est-il légitime d’intervenir physiquement ?

 

La fessée

 

Dans sa livraison de mai 2011 (volume 18, n° 1), la revue Formation et profession du CRIFPE (Québec – Canada) publie deux articles abordant un sujet rarement - pour ne pas dire jamais - évoqué : le recours à une force physique raisonnable pour contraindre un élève.

Le premier est de David Harvengt (professionnel de recherche - Université Laval) : “L'intervention physique à l'école et ses dérives judiciaires”. L’auteur cite l’exemple de deux enseignants québécois traînés devant les tribunaux pour avoir empoigné des élèves qui voulaient quitter la classe. Ces enseignants ont, en fin de compte, été acquittés, mais leur carrière professionnelle a été brisée. Que ce soit au Canada ou en France, la question se pose avec la même acuité.

Voici la conclusion de cet article à laquelle on ne peut que souscrire :
« Les accusations criminelles contre les enseignants sont bien une forme de violence. Une violence extrême, car elle brise des carrières, des familles et parfois des vies. Ainsi, en France, en 2008 encore, un enseignant s’est suicidé à la suite d’une fausse plainte pour violence de la part d’un élève.
Il faut encore et toujours protéger les enfants, loin de nous l’idée de remettre en question ce principe essentiel. Par contre, dans le contexte actuel, il faut aussi protéger les enseignants. Ils n’ont pas à travailler avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête. Il ne faut pas qu’ils craignent d’agir de peur de poursuites.
Nous devons continuer, comme chercheurs, à analyser les poursuites contre les enseignants. Nous demander, notamment, si elles ne sont pas d’abord le symptôme des difficiles tensions dans les relations entre enseignants, élèves, parents, directions scolaires et commissions scolaires. Elles sont peut-être également le symptôme d’un malaise important en enseignement : la question de l’usage de la force physique lors d’une intervention avec un élève.
De plus en plus, les enseignants et, en particulier les futurs enseignants lors de leur formation initiale, se font avertir de ne plus toucher aux élèves, surtout au niveau secondaire. Et ce ne sont pas tant les élèves qu’on cherche à protéger que les enseignants. Les limites de ce qui leur est permis en termes d’intervention physique semblent de plus en plus étroites.
Il est temps, selon nous, de jeter un regard différent sur les interventions physiques des enseignants dans le cadre de leur travail. Il faut les considérer d’abord et avant tout comme des actes professionnels. Il faut protéger les enseignants en amont des poursuites et non seulement en aval, comme le fait l’article 43. Ce n’est pas en termes de voies de fait que devraient être analysés ces gestes, mais en termes de balises professionnelles. Des balises qui restent à définir et qui permettraient de juger les interventions physiques des enseignants comme des actes professionnels, d’abord et avant tout, et non pas comme des gestes potentiellement criminels.
»

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Le second est de Denis Jeffrey (professeur - université Laval) : “L’intervention physique, qu’en penser ?”. Pour immobiliser un élève qui met en danger sa sécurité ou celle des autres élèves, un enseignant peut être contraint d'utiliser la force physique. Le cas n’est pas rare au Primaire, quand l’intervention verbale ne suffit plus. Mais au vu des cas exposés dans l’article précédent, on peut légitimement hésiter. Un enseignant se doit de porter assistance à un élève en danger mais, en le faisant, il risque de se blesser ou d'être accusé de voie de fait.

Voici ce que l’auteur recommande : « Il semble préférable qu’un enseignant évite l’intervention physique. On connaît les principales raisons pour cette restriction : 1. Les procédures d’intervention physique ne lui sont pas connues ; 2. L’usage de la force raisonnable est mal défini par la loi ; 3. Un enseignant n’a pas reçu de formation pour pratiquer une intervention physique ; 4. Il n’est pas, comme le policier, en situation d’autorité pour imposer une force physique ; 5. Il y a toujours ce danger possible de blesser un élève ou de se blesser. » Ceci étant, « Il existe bel et bien des situations où l’intervention physique auprès d’élèves est nécessaire. Par exemple, si l’aide demandée n’arrive pas rapidement, ou si dans l’école aucune personne n’est désignée pour aider un enseignant lors d’une bagarre entre élèves. Que doit faire l’enseignant ? Sur qui doit-il alors compter ? » Ces questions resteront hélas sans réponse tant qu’un cadre législatif strict ne sera pas clairement donné aux enseignants par les autorités politiques.

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