La profession enseignante et la recherche Imprimer Envoyer
La recherche - Enseignement efficace
Écrit par Abdeljalil Akkari et Bernard Wentzel   
Mardi, 13 Novembre 2012 17:38

Abdeljalil Akkari et Bernard Wentzel

La profession enseignante et la recherche

Extrait de “L’enseignement comme profession ancrée dans la recherche : difficultés et perspectives”, Formation et pratiques d’enseignement en questions, n° 14, 2012, pp 47-59.

 

Enseignant

 

Un premier enjeu, inscrit dans une tradition anglo-saxonne et explicité dans les travaux sociologiques sur les professions, porte sur la légitimité, voire la crédibilité de l’enseignement en tant que profession. Plus précisément, sans ancrage dans la recherche, le processus de professionnalisation des enseignants demeure fragile et contesté.

Curieusement, si de nombreux observateurs soulignent que le travail des enseignants (Tardif & Lessard, 2004) comme celui des élèves (Perrenoud,  2004)  sont les deux plus importants aspects de l’éducation scolaire, il est plus rare de trouver des spécialistes de l’éducation qui prescrivent ce que devrait être un bon enseignement ou un bon enseignant. Cette remarque  concerne davantage le  continent européen que l’Amérique du Nord où il existe aujourd’hui un corpus important de recherche sur les « best practices ». Reconnaître qu’enseigner est un acte clef devrait nous amener, d’une manière ou d’une autre, à dire et à décrire les bonnes pratiques enseignantes et celles qu’il faut absolument bannir. Dans une perspective de professionnalisation, chaque école aurait l’obligation de favoriser les meilleures pratiques enseignantes, tandis qu’à chaque enseignant incomberait la responsabilité de chercher à améliorer ses pratiques professionnelles par une familiarité accrue avec la recherche en éducation et par le feedback précieux que lui donnent les apprenants et les collègues.

Si l’enseignement est une profession, alors il doit s’engager sur le même chemin que d’autres professions reconnues, c'est-à-dire la recherche d’une pratique professionnelle de bonne qualité exercée par tous les membres de la profession. Cela veut dire non seulement partager le savoir d’expérience avec les autres membres de la profession, mais aussi chercher ce qui peut caractériser les bonnes pratiques d’enseignement sur la base de la recherche scientifique et de connaissances disponibles (Levin, 2011).

Cela dit, comme le confirment certaines analyses (voir par exemple : Rayou & Van Zanten, 2004 ; Perrenoud & al., 2008 ; Tardif & Borgès, 2009 ; Wentzel & Akkari, 2012, à paraître), la portée d’une rhétorique de la professionnalisation reste encore limitée dans certaines communautés de pratique. En effet, l’idée de baser, en partie au moins, la profession enseignante sur la recherche n’est pas largement acceptée. La croyance selon laquelle les enseignants doivent déterminer individuellement leurs pratiques professionnelles est plus largement partagée, non  seulement par les enseignants mais également par leurs formateurs et certains chercheurs en  sciences de l’éducation. L’autonomie professionnelle est en effet présentée comme l’une des caractéristiques clefs et indiscutables de la professionnalisation. En réalité, l’autonomie professionnelle est toujours  relative et les enjeux qu’elle  représente pour la profession ne se situent pas nécessairement ici. Le professionnalisme est notamment l’application d’un savoir professionnel à des situations spécifiques. Cela ne permet pas à un professionnel de faire des choix exclusivement basés sur son style personnel et sur sa seule expérience professionnelle quand ils ne sont pas conformes avec la base des connaissances disponibles à un moment donné sur sa profession (Levin, 2011). En fait, il ne s’agit pas d’une dérive managériale dans laquelle les formateurs, les directeurs d’école ou les experts dictent aux enseignants les bonnes pratiques en fixant les situations d’apprentissages ou les meilleurs contrats didactiques. Il s’agit plutôt de mettre en évidence ce que nous savons par la recherche à propos des bonnes pratiques professionnelles, ce qui exige bien sûr l’adhésion et la participation des professionnels impliqués.

Un second enjeu pour réserver une place de choix à la recherche dans la profession enseignante est lié à l’évolution actuelle des politiques éducatives et de la recherche en éducation. Qu’on le veuille ou non, les politiques éducatives actuelles semblent obnubilées par la redevabilité (accountability), les résultats et les nombres (Felouzis & Hanhart, 2011). Or, les salaires enseignants représentent en moyenne 80 % des dépenses éducatives. Il est donc légitime que leurs pratiques et leur travail soient questionnés et investigués. Ils seraient donc opportun de permettre aux enseignants de comprendre les résultats des recherches qui les concernent et d’en tirer les conséquences pour leurs propres pratiques professionnelles. Souvent, on fait le parallèle entre les professions de l’enseignement et les professions médicales. Or, les médecins s’intéressent aux résultats des recherches médicales. De  surcroît, leurs revues professionnelles sont un outil important pour asseoir leurs pratiques professionnelles et pour les maintenir informés des progrès de la recherche médicale. Ajuster les pratiques professionnelles en fonction des découvertes scientifiques serait l’un des signes tangibles de la transformation du travail enseignant en une véritable profession.

 
 
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