Le Projet Follow Through (2012) Imprimer Envoyer
La recherche - Les données probantes
Écrit par Mireille Castonguay et Clermont Gauthier   
Mercredi, 09 Avril 2014 17:05

Le Projet Follow Through

Tiré de La formation à l'enseignement - Atout ou frein à la réussite scolaire ?
Mireille CASTONGUAY et Clermont GAUTHIER
(Les Presses de l'Université Laval, 4e trimestre 2012, 143 p.)
pp 27-30

 

Livre

 

En 1964, le Congrès américain adopte le Economic Opportunity Act qui vise à mettre sur pied un ensemble de programmes destinés à contrer la pauvreté. Il existe alors un large consensus selon lequel l'éducation serait l'antidote à la pauvreté, car elle permet le développement de connaissances et de savoir-faire qui en brisent le cercle vicieux. Un des programmes les plus connus mis sur pied dans cette perspective est le projet Head Start qui débute en 1965 et qui s'adresse aux enfants d'âge préscolaire. Le projet Follow Through est lancé à la suite de Head Start au terme d'une étude indiquant que les gains d'apprentissage faits par les enfants ayant participé à ce programme se dissipaient graduellement lorsqu'ils commençaient à aller à l'école. En 1967, le président Johnson demande au Congrès de lancer un nouveau programme afin d'effectuer le suivi (« follow through ») du pro­gramme Head Start. Ainsi, alors que le projet Follow Through est aujourd'hui considéré comme la plus vaste et la plus dispendieuse étude expérimentale jamais menée dans le monde de l'éducation, il était en fait initialement conçu comme un programme de suivi de développement social. Ce n'est qu'à la suite de coupures de budget que le projet Follow Through se transforme en élude longitudinale visant à trouver des méthodes d'enseignement efficaces pour les élèves de milieux défavorisés.

De manière plus précise, le projet Follow Through se déroule de 1968 à 1976, dans 120 communautés, et porte sur près de 10 000 élèves. Il vise à préciser les différences d'efficacité entre différentes approches pédagogiques utilisées auprès d'élèves défavorisés, de la maternelle à la 3e année. Pour ce faire, un devis de recherche de type “variation planifiée” est adopté. L'Office of Education américain mandate divers promoteurs d'approches pédagogiques qui agissent par la suite à titre de commanditaires de leur propre approche et travaillent en collaboration avec les districts pour appli­quer leur modèle dans les classes. Chaque commanditaire est responsable de développer du matériel pédagogique en lien avec son approche ainsi que de former les enseignants. Au total, neuf approches sont retenues. Ensemble, elles représentent l'ensemble du spectre éducatif, des approches structurées comme le Direct Instruction aux approches centrées sur l'enfant comme l'Open Education.

Afin d'émettre des conclusions à propos de l'efficacité de ces différentes approches, l'ensemble des commanditaires s'entendent dès le départ sur onze mesures visant à évaluer la performance des élèves dans trois domaines d'apprentissage. Sont évalués les habiletés scolaires de base, les habiletés de résolution de problèmes ainsi que le développement du concept de soi. Pour chaque mesure, la performance d'un groupe d'élèves dans le projet Follow Through est comparée à celle d'un groupe témoin. À terme, plus de 2 000 comparaisons sont effectuées.

Ces données, recueillies par le Stanford Research Institute, sont ana­lysées par une firme indépendante : Abt Associates. Aux fins d'évaluation, Abt Associates regroupe l'ensemble des modèles pédagogiques en trois catégories. La catégorie « Basic skills » comprend les modèles qui mettent l'accent sur l'enseignement direct des habiletés fondamentales en lecture, en arithmétique, en épellation et en langue maternelle. La catégorie « Cognitive-Conceptual » regroupe les modèles qui visent à développer les habiletés à “apprendre à apprendre” et à résoudre des problèmes. La catégorie « Affec­tive-Cognitive » met d'abord l'accent sur le développement du concept de soi et d'attitudes positives envers l'apprentissage, puis sur l'apprentissage des habiletés permettant d'apprendre à apprendre. Que disent les données analysées ?

Les résultats obtenus clans le cadre du projet Follow Through sont clairs : les données recueillies montrent la supériorité de l'efficacité d'une approche, à savoir le Direct Instruction (DI). Seul le modèle du DI obtient des résultats positifs dans les trois domaines évalués, à savoir les domaines scolaires, cognitifs et affectifs, en plus de présenter les résultats les plus élevés pour les trois mesures (Adams, 1996). Cette approche fait usage de séquences d'enseignement hautement structurées qui indiquent à l'enseignant les détails précis du déroulement des leçons. Avec cette approche très directive, l'enseignant est formé pour l'utilisation du matériel qui s'élabore autour de séries de questions/réponses suivies des procédures de correction.

Quelle que soit l'analyse effectuée, les élèves évoluant dans les groupes du DI ont fait les plus grands gains d'apprentissage comparativement aux élèves des autres modèles évalués dans le projet Follow Through. À l'exception possible du modèle Behavior Analysis, tous les autres modèles semblent avoir eu peu d'effets positifs sur les progrès scolaires des élèves.

Traditionnellement, certains ont objecté que l'accent mis sur le déve­loppement des habiletés de base se faisait nécessairement au détriment des habiletés sociales. Or, les résultats obtenus dans le projet Follow Through indiquent qu'il n'en est rien. En effet, comparativement à tous les autres modèles évalués dans Follow Through, les modèles qui mettent l'accent sur les habiletés de base produisent les meilleurs résultats aux examens évaluant les habiletés de base ainsi qu'à ceux mesurant le développement du concept de soi. Trois analyses ultérieures conduites de façon indépendante (Bereiter et Kurland, 1981-1982 ; Becker et Carnine, 1981 ; Gersten, 1984) ne sont pas arrivées à des conclusions différentes : toutes les analyses convergent et indi­quent que les meilleurs résultats sont obtenus par les élèves dans le modèle DI, et ce, pour l'ensemble des habiletés évaluées.

De plus, des analyses subséquentes indiquent que les résultats positifs d'un enseignement basé sur le Direct Instruction sont stables dans le temps (Gersten, 1984). En effet, selon une étude de suivi menée par Gersten entre 1973 et 1981, les résultats obtenus en lecture et en mathématiques par des élèves de 3e année ayant bénéficié d'un enseignement basé sur le DI pendant les années précédentes sont nettement supérieurs à ceux des autres élèves n'ayant pas profité d'un tel enseignement précédemment. De manière plus précise, les élèves des groupes Direct Instruction obtiennent des résultats en lecture les situant au 40e rang centile alors que la performance attendue d'élèves comparables atteint le 28e rang centile. En mathématiques, les résultats sont encore plus remarquables : les élèves placés dans les groupes du DI performent au 50e rang centile alors que la performance attendue d'élèves semblables se situe au 18e rang centile.

Finalement, les élèves ayant bénéficié du Direct Instruction ont égale­ment des taux de diplomation, d'inscription et d'acceptation au collège statistiquement supérieurs alors que les taux de redoublement et de décro­chage sont significativement plus bas (Meyer, Gersten et Gutkin, 1983).

De l'avis de Bereiter et Kurland (1996), l'ensemble des résultats de Follow Through et des analyses ultérieures devraient clore la bataille philo­sophique entre les différentes approches pédagogiques. En effet, ces résultats démontrent que les approches centrées sur l'enfant s'avèrent nettement moins efficaces pour favoriser les résultats des élèves à des examens standar­disés (p 28). Watkins (1995-1996) conclut aussi qu'il est clair avec Follow Through que les modèles pédagogiques mettant l'accent sur les habiletés de base ont davantage de succès que les autres modèles pour aider les élèves à maîtriser ces apprentissages.

L'étude Follow Through répond donc de manière plutôt convaincante à la question de l'efficacité de diverses approches pédagogiques. Pour être consi­dérées comme efficaces, des pratiques pédagogiques doivent favoriser les apprentissages des élèves et, pour ce faire, le modèle du Direct Instruction repré­sente une approche à privilégier quel que soit le type d'habiletés à développer.

 
 
Une réalisation LSG Conseil.