Que penser des devoirs à la maison ? Imprimer Envoyer
En pratique - Devoirs
Écrit par Françoise Appy   
Samedi, 19 Février 2011 14:14

Que penser des devoirs à la maison ?

 

Devoirs

 

En enseignement explicite, la transmission se fait en plusieurs temps : présentation, modelage, pratique guidée, pratique autonome, synthèse, révisions, qui conduisent au surapprentissage. La mémorisation ainsi que l’acquisition des automatismes libérateurs (réflexes orthographiques ou  connaissance des tables de multiplication par exemple), lesquels libéreront la mémoire de travail, ne peuvent se faire complètement pendant le temps scolaire ; une part de ce travail doit donc se faire à la maison.

En France, les devoirs sont à la fois critiqués, demandés et pratiqués même en dépit des circulaires qui les interdisent. Favre et Steffen (1988) font justement remarquer que cette pratique est à la fois « désirée et rejetée, nécessaire et inutile, efficace et inefficace, sécurisant et source de tension ». Les travaux ou enquêtes sur les devoirs sont rares, pas plus d’une douzaine en France. Une étude transculturelle (Bédard, 1994) montre que c'est dans les sociétés où la réussite scolaire est valorisée que les parents et le personnel enseignant considèrent les devoirs comme un outil d’apprentissage indispensable à la réussite des élèves. Là où les devoirs sont discutés le plus, c’est en primaire. On met en doute leur efficacité mais les défenseurs des devoirs argumentent en évoquant l’impact sur le long terme. Une circulaire de 1956 interdit de donner des devoirs écrits à la maison, interdiction réitérée en 64 et 71. Qui n’a pas empêché les devoirs d’être largement pratiqués.

Dans l’enseignement primaire, certains enseignants déplorent l’injustice que représentent les devoirs pour les familles culturellement défavorisées, qui ne peuvent aider leurs enfants. Cela, au passage, sous-entend que les devoirs en question ne pourraient être réalisés par les enfants de manière autonome. Et il est vrai aussi que certains enseignants donnent des tâches irréalisables sans l’aide d’une tierce personne.

Cela nous amène à évoquer une spécificité de l’enseignement explicite. En enseignement explicite, les devoirs à la maison servent simplement à renforcer une pratique afin de parvenir au surapprentissage. Ils sont un prolongement de la pratique autonome. Or, nous savons que la pratique autonome n’est possible que lorsque l’habileté ou le concept a été intégré, compris (voir le déroulement d’une leçon en PEx). Les devoirs à la maison en enseignement explicite sont facilement réalisables par les enfants qui ont suivi la classe car la pratique autonome intervient seulement une fois que l’enseignant s’est assuré de la compréhension. Considérant cela, toute famille, même culturellement défavorisée, peut veiller à ce que l’enfant fasse son travail à la maison, pour autant qu’elle prenne l’école au sérieux.

Le rôle des parents est loin d’être négligeable dans la scolarité primaire. Ils ont tout pouvoir de prolonger et fixer les apprentissages faits en classe. Comme ils ont aussi celui de les freiner. Les connaissances et habiletés enseignées en classe ne peuvent pas être acquise uniquement pendant le temps scolaire. La mémorisation des concepts et l’acquisition des automatismes doivent s’enraciner en dehors de l’école.

Certains parents sont très demandeurs et considèrent qu’un enseignant qui ne donne pas de devoirs écrits est un mauvais enseignant. Les études montrent aussi que ce sont les parents les moins instruits qui réclament les devoirs. Jean Paul Caille (1993) propose ainsi une typologie des différentes formes d’engagement parental :
Les absents : ils n’apportent pas d’aide aux devoirs et ne proposent pas de cours particuliers à leur enfant.
Les effacés : ils proposent une aide irrégulière aux enfants et sont absents des autres domaines liés à la scolarité.
Les appliqués, dont le soutien est relativement intense puisque la vérification des devoirs et les discussions sur la scolarité sont quotidiennes.
Les mobilisés accordent du temps pour l’aide au travail scolaire, ainsi que pour les relations avec les enseignants ; ils cherchent également à créer un environnement familial favorable à la scolarité.
Les attentifs interviennent rarement directement auprès de leur enfant pour les devoirs mais montrent un intérêt certain pour le suivi de leur scolarité.

Les devoirs sont aussi, pour bien des parents, une source de conflit, de fatigue, de saturation. Parfois ils ne savent pas s’y prendre ou ne comprennent pas le sens de ce qui est demandé. D’autres fois, ils jouent au professeur et refont les leçons à leur manière, qui peut se révéler contre-productive. Il est donc indispensable que l’enseignant soit explicite à ce sujet dès la réunion de début d’année et décrive avec précision ce qu’il attend des élèves et la façon dont les parents peuvent s’y prendre pour les aider. La plupart du temps, cela consistera à veiller à ce que l’enfant se mette au travail. Rien de plus.

 
 
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