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Le débat - Courants pédagogiques
Écrit par Maurice Tardif et Clermont Gauthier   
Jeudi, 06 Septembre 2012 17:56

Maurice Tardif et Clermont Gauthier

La ou les pédagogies de demain

 

Choix

 

De quoi sera faite la pédagogie de demain ? (…) On peut penser que le processus de rationalisation de la pédagogie se poursuivra, que la science se fera de plus en plus présente, que l’enfant sera scruté plus minutieusement, que la relation maître-élève sera davantage fouillée, que les technologies chercheront à occuper une plus grande place et que les promoteurs d’innovations pédagogiques de toutes sortes tenteront de trouver preneur. Ce qui semble d’autant plus crucial est que, en contexte de mondialisation, l’éducation est plus que jamais perçue comme un vecteur important de développement économique et social. C’est pourquoi les grandes études comparatives internationales, tel le programme PISA, de l’OCDE, reçoivent un écho si important dans la population de sorte que les gouvernements ne peuvent y rester indifférents. Lorsqu’un pays se classe mal, cela donne des munitions aux réformateurs, et lorsqu’un autre se classe parmi les premiers, on cherche à en comprendre les raisons. Les États veulent donc se donner des systèmes scolaires de qualité et cela passe notamment par un enseignement de qualité. Comme disait Comenius, il faut enseigner « plus, plus vite et mieux ». Comment y arriver sans chercher à trouver les meilleures façons de faire, sans viser à reconnaître les pratiques pédagogiques exemplaires ? Une des voies intéressantes qui ont été empruntées ces dernières années et qui seront sans doute suivies est cet effort de mesurer, en classe, l’impact des procédés pédagogiques et didactiques sur l’apprentissage des élèves. C’est à cette condition que le métier pourra enfin se professionnaliser et sortir des ornières du sens commun, du vécu, de l’intuition, des expérimentations débridées.

Plusieurs font du maintien de la pluralité des approches pédagogiques une sorte de principe moral devant encadrer la profession. Selon eux, mettre le doigt sur de bonnes pratiques pédagogiques irait à l’encontre du principe de l’ouverture aux diverses approches. Il nous semble au contraire que c’est là faire fausse route, au sens où c’est donner une place a priori à un principe pédagogique qui ne peut prendre son sens qu’a posteriori. Maintenir le principe d’un pluralisme pédagogique a priori, c’est dire qu’on est d’accord pour promouvoir toutes les pédagogies, même celles qui ne donnent pas nécessairement de bons résultats ! On comprend mal la pertinence de soutenir de telles approches pédagogiques si elles n’offrent pas certaines garanties de succès. Nous pensons plutôt que le principe de l’ouverture doit être posé a posteriori, c’est-à-dire que toutes les approches pédagogiques ayant démontré au préalable leur efficacité doivent être encouragées. Il s’agit là d’une réserve importante. La pédagogie du futur pourra donc prendre plusieurs visages, mais ces derniers auront fait l’objet d’évaluations de leur efficacité. En ce qui concerne les pédagogies du futur proche, il semble que ce sont les pédagogies systématiques, structurées et explicites qui offrent présentement les meilleures preuves de leur efficacité, et c’est vers cette direction qu’il est raisonnable de s’orienter. Cela n’épuise cependant pas toutes les possibilités sur le plan pédagogique, et d’autres manières de faire la classe apparaîtront sans doute dans les années à venir. Il s’agira de bien en mesurer les effets sur l’apprentissage et la conduite des élèves.

 

Source : 3e édition de La pédagogie - Théories et pratiques de l'Antiquité à nos jours.