Maximiser le temps d'enseignement-apprentissage Imprimer Envoyer
Pédagogie Explicite - Articles
Écrit par Steve Bissonnette, Marie Bocquillon, Clermont Gauthier   
Lundi, 17 Février 2020 17:01

Steve Bissonnette, Marie Bocquillon, Clermont Gauthier

Maximiser le temps d'enseignement-apprentissage

Résonances - Mensuel de l'École valaisanne, 02.2020, pp 8-9

 

 

« Le manque de préparation dans la gestion des classes, notamment face à des comportements perturbateurs, est l'une des principales causes du “choc” que peuvent ressentir les nouveaux enseignants lorsqu'ils se trouvent confrontés à la réalité. Une formation adéquate à la gestion de la classe est essentielle, non seulement pour développer les connaissances et l'expertise des ensei­gnants, mais aussi pour renforcer leur confiance et leur bien-être en début de carrière (Dicke et al., 2015). »
(OCDE, 2018, p. 3)

 

Par conséquent, pour maximiser le temps d'enseignement-apprentissage, il importe de se préoccuper de la ges­tion de la classe (Bissonnette, Gauthier et Castonguay, 2016). Nous débutons en définissant le concept d'une gestion efficace de la classe et nous présentons ensuite brièvement quelques interventions préventives et correctives [1], fondées sur des données probantes [2], qui y sont reliées.

Gérer efficacement la classe, c'est « utiliser un ensemble de pratiques et de stratégies éducatives afin, d'une part, de prévenir et de gérer efficacement les écarts de conduite des élèves et, d'autre part, de créer et de maintenir un environnement favorisant l'enseignement et l'apprentissage » (Bissonnette et al., p. 51). La gestion efficace de la classe comprend ainsi deux types d'inter­vention : les interventions préventives et les interven­tions correctives. Les interventions préventives favorisent l'adoption des comportements souhaités, tandis que les interventions correctives sont à employer lorsque des élèves manifestent des écarts de conduite.

Or, les recherches des quarante dernières années ont montré que les enseignants qui gèrent efficacement leur classe effectuent davantage d'interventions préventives que leurs collègues (Bissonnette et al., 2016). Ainsi, les enseignants efficaces interviennent avant que se mani­festent les problèmes. A l'inverse, ceux qui éprouvent des difficultés à gérer efficacement les comportements des élèves ont plutôt tendance à intervenir trop tardi­vement ou à ne pas intervenir.

Afin de bien gérer les comportements de manière pré­ventive, l'enseignant doit :
1. Établir une relation positive avec ses élèves.
2. Créer un environnement sécurisant, ordonné, prévi­sible et positif, notamment via l'enseignement expli­cite des comportements attendus, qui doivent être enseignés au même titre que la lecture, l'écriture ou encore les mathématiques.
3. Encadrer et superviser de façon constante ses élèves.
4. Organiser sa classe.
5. Faire usage de stratégies liées à l'enseignement effi­cace.

À chacune de ces interventions correspond un ensemble de stratégies et de moyens. Ces derniers représentent les gestes et les actions concrètes que l'enseignant doit ac­complir au quotidien pour prévenir les écarts de conduite des élèves et favoriser l'adoption de comportements ap­propriés (Bissonnette et al., 2016).

Quoiqu'il faille utiliser une plus grande proportion d'in­terventions préventives, il s'avère nécessaire d'utiliser également des interventions correctives auprès des élèves qui présentent des écarts de conduite.

Pour la gestion des écarts de conduite mineurs, l'ensei­gnant peut recourir en premier lieu à des interventions indirectes comme contrôler par la proximité, donner des directives non verbales, ignorer intentionnellement et renforcer de manière différenciée, etc. Si le comporte­ment persiste, l'enseignant peut opter pour des inter­ventions directes comme rediriger l'élève, ré-enseigner le comportement attendu, offrir un choix à l'élève, re­courir aux conséquences formatives, rencontrer l'élève individuellement, etc. (Bissonnette et al., 2016).

En terminant, il importe de signaler que le recours aux interventions correctives prend appui sur la mise en place au préalable des interventions préventives. Ces deux types d'intervention contribuent à diminuer gran­dement le désordre dans la classe et partant, à maximi­ser à la fois le temps d'enseignement de l'enseignant et celui dévolu à l'apprentissage des élèves.

 

 

Références

- Bissonnette, S., Gauthier, C. et Castonguay, M. (2016). L'enseignement explicite des comportements. Pour une gestion efficace des élèves en classe et dans l'école. Montréal, Canada - Chenelière Éducation.

- La Roche M. (2008). Vers une pratique fondée sur les données probantes, Document d'information, Ottawa, Canada - Université d'Ottawa.

- OCDE (2018). “Gestion de la classe : comment les enseignants développent-ils leurs connaissances et leur confiance ? - Observations tirées d'une étude pilote”, L'enseignement à la loupe, 19, Paris - Éditions OCDE.

 

 

Steve Bissonnette, Ph. D.
Professeur au département Éducation de l'Université TELUQ. Son domaine de spécialisation est l'intervention en milieu scolaire. Il a travaillé, pendant plus de 25 ans, auprès des élèves en difficulté et ¡I s'intéresse aux travaux sur l'efficacité de l'enseignement et des écoles ainsi qu'à la gestion efficace des comportements.

Marie Bocquillon
Assistante au sein du service de Méthodologie et formation de la Faculté de psychologie et des sciences de l'éducation de l'Université de Mons (Belgique). Elle fait partie de l'équipe en charge de la formation pratique de futurs enseignants. Elle réalise une thèse portant sur la formation des enseignants et sur le développement d'un outil d'observation des gestes professionnels au regard des modèles d'enseignement efficace, dont l'enseignement explicite.

Clermont Gauthier, Ph. D.
Professeur associé à la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université Laval. Il est chercheur régulier au Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante (CRIFPE) et il est membre de la Société royale du Canada.

 


[1] . L'ensemble de ces stratégies préventives et correctives sont dé­taillées dans l'ouvrage de Bissonnette et ses collègues (2016).

[2] . « Quand on parle de données probantes, on fait générale­ment référence à des pratiques de prévention ou d'interven­tion validées par une certaine forme de preuve scientifique, par opposition aux approches qui se basent sur la tradition, les conventions, les croyances ou les données non scienti­fiques. » (La Roche, 2008, p. 2).

 
 
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